Crookes (William)
Nom : (sir) William Crookes
Date : Né le 17 juin 1832 / Mort le 4 avril 1919.
Adresse : 7 Kensington Park Gardens, Londres, Royaume-Uni.
Catégorie : Savant (inventeur, chimiste et physicien).
Titre FRS (1863), Médaille d’or de l’Académie française (1880), OM (1910).

Où l’on comprend que lorsque remontent à la surface les peurs ancestrales de l’esprit humain, telles ces créatures des grandes profondeurs, elles éclatent en des lambeaux sanguinolents.

6 novembre 1888 (dans la nuit)

J’ai passé la fin de l’après-midi au British Museum, à consulter la presse parue depuis trois mois. Je suis rentré très tard dans la soirée, la tête bourdonnante. Je commence à y voir clair. Martha (Turner), Polly (Mary Ann Nicholl), Elizabeth (Stride, dite Long Liz), Annie (Chapman), Katherine (Eddowes), ce sont les cinq prostituées dont on attribue les meurtres à Jack l’Eventreur. Les journalistes n’ont pas manqué de souligner combien la sauvagerie des crimes était allée crescendo : Martha Turner, bien que frappée de nombreux coups de couteau, n’avait subi aucune mutilation. Polly Nicholl avait été éventrée, Annie Chapman égorgée, éventrée et mutilée, Elizabeth Stride seulement (seulement !) égorgée, mais tout laissait à penser que le tueur, ayant été dérangé dans ses œuvres, avait dû assouvir son sadisme dans l’heure qui avait suivi sur Katherine Eddowes, abominablement dépecée.

J’ai relevé les dates de ces horreurs, et c’est en relisant mes notes, avant de quitter le British Museum, que j’ai réalisé à quel point était troublant ce lugubre calendrier. Les dates correspondaient très exactement — nuit et heure — aux crises qui m’avaient cloué au lit. J’ai pensé, avec une douloureuse ironie, que Montague et Mary-Jeanette n’auraient pu se tromper plus lourdement. Je devais être en fait le seul Londonien qui pût fournir un alibi irréfutable pour chacun de ces cinq meurtres !

René Reouven, Les grandes profondeurs.

Savant aux multiples compétences, William Crookes aborde des domaines aussi divers que la préparation du sucre de betterave, l’assainissement des égouts, la teinture des tissus ou l’optique. Directeur du Quaterly Journal of Sciences, il élu membre de la Royal Society malgré les manœuvres de son éternel rival, le physiologiste Carpenter, et accède à la pairie en 1897.

Mais à côté de ce côté scientifique reconnu, Crookes est également un défenseur précoce du spiritisme et membre fondateur de la S.P.R. (Society for Psychical Research) — origine de son inimitié pour Carpenter. En 1871, il rencontre en effet Florence Cook, qui pendant trois ans, fait apparaitre pour lui l’esprit de Katie King. Bien que la médium (devenue entre temps par son mariage Florence Corner) ait été convaincue de fraude devant l’Association des Spirites de Londres en 1880, il lui maintient son appui jusqu’en 1886. Inquiet cependant des tromperies possibles des Hommes, il cherche à mettre au point une machine qui pourra tenir le rôle du médium, et faire apparaitre pour son utilisateur l’Esprit qu’il voudra appeler — pour Crookes, l’esprit de son jeune frère, décédé quelques années plus tôt.

L’expérience est bien plus bouleversante qu’il ne l’imaginait d’abord. Il prend conscience que sa machine ne fait pas apparaitre un esprit, mais les fantasmes et les peurs ancestrales des hommes qui s’y soumettent. La conclusion qu’il en tire est logique : les spirites ne font-ils pas apparaitre leur propre inconscient ? Katie King ne serait-elle pas la matérialisation des complexes de Florence Cook ? Or en matérialisant ces peurs, la machine en donne conscience à celui qui s’y soumet, agit sur lui comme une drogue et le pousse à la folie. Plus encore, la machine semble assimiler ces peurs, et leur matérialisation n’est plus seulement une inoffensive et vague forme éthérée.

Il faut attendre le début de décembre 1888 pour que William Crookes trouve le moyen — et la volonté — de la détruire. Entre temps Jack l’Evrenteur a mystérieusement apparu — et disparu. Les plans de la machine et les notes s’y rapportant furent eux brulés à la fin de la Première Guerre mondiale, peu avant la mort du savant.

William Crookes, personnage historique, est le héros du roman de René Reouven, Les grandes profondeurs.

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