Stieber (Wilhelm)
Nom : Wilhelm Stieber
Date : Né le 3 mai 1818 / Mort le 29 janvier 1882.
Catégorie : Homme politique.
Titre : Maître espion prussien.

Où la puissance de la Prusse ne tient pas qu’au pas de l’oie, mais également à une araignée contrôlant des taupes.

« Ce fut alors que fut fondé ce fameux « bureau de la presse » destiné à faire pénétrer d’une manière tout à fait occulte les idées ministérielles dans les journaux de l’opposition. Stieber ne fut pas étranger à cette organisation dont les trames invisibles ne devaient pas tarder à envelopper presque toute la presse allemande. On enrôla une bande de plumitifs nécessiteux qui, à raison de 100 à 150 francs par mois, faisaient passer en contrebande, dans leurs correspondances aux journaux de province, des notes reçues directement du « bureau de la presse ». L’art de manier et de confectionner l’opinion publique s’appliqua bientôt autre part qu’en Allemagne. À dater de cette époque, les agents diplomatiques de la Prusse à l’étranger furent chargés d’entretenir des rapports clandestins avec les correspondants des journaux allemands et des journalistes indignes de ce nom. À Paris, ces correspondants couraient les rédactions des principaux journaux sous le prétexte d’échanger des nouvelles, mais en réalité ils étaient plutôt chargés d’en donner, et comme ils les recevaient directement de Berlin par l’intermédiaire de l’ambassade de Prusse, ils apportaient quelquefois de véritables primeurs, ce qui leur valait les bonnes grâces des rédacteurs en chef, qui, la plupart, ignoraient que ces correspondants de diverses nationalités fussent inspirés par le bureau de la presse. »

Victor Tissot, La police secrète prussienne, 1884.

Wilhelm Stieber est né en Saxe prussienne en 1818, d’un père travaillant au ministère des cultes luthérien, et d’une mère issue de la noblesse anglaise. Cette double origine lui donnant une maîtrise parfaite des deux langues, à quoi il ajouta durant sa jeunesse l’italien et le français. Contre l’avis de son père, il entreprend des études de droit à Berlin, où il commence à collaborer avec la police pour subvenir à ses besoins. Cette nouvelle vie étant bien plus trépidante que celle à laquelle il se destinait, il accumule les promotions, devient inspecteur à la IVe division (division criminelle), puis s’étant fermement opposé aux émeutiers lors du Printemps des Peuples, il est nommé par Frédéric-Guillaume IV de Prusse comme chef de la police de sa capitale.

Durant l’hiver 1850, on lui ordonne d’enquêter sur un dangereux exilé politique extrémiste : Karl Marx. Se présentant comme médecin, il pénètre dans sa demeure londonienne et réussit à dérober une liste des membres de la Ligue des Communistes — liste qu’il s’empresse de transmettre à Berlin, mais aussi à de nombreux états allemands et à la France, entrainant une vague d’arrestations de grande ampleur : la Ligue fut dissoute par Marx de dépit en 1852.
Il multiplie par la suite les missions de confiances au profit de la maison Hohenzollern ... et accumule avec discrétion les fiches sur les grands d’Allemagne. Malgré la disgrâce qu’il subit lors du changement de règne en 1858 (le très conservateur Frédéric-Guillaume IV étant remplacé par son frère Guillaume Ier, réputé plus libéral), Bismarck le choisit-il vers le milieu des années 60 comme maître-espion, avec pour charge, tant la surveillance des affaires domestiques que celle des affaires de la Nouvelle Europe. Un « bureau de la presse » veille ainsi à propager des opinions favorables au gouvernement et à étouffer les nouvelles qui pourraient lui nuire.

Une toile d’araignée européenne.

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Un Uhlan.

À partir du milieu des années 1860, Stieber s’appuie sur une double structure, mi-visible, mi-secrète, aux ordres de ses deux sbires, les frères Karl et Conrad de Drachenfels. Le premier est à la tête d’une compagnie de uhlans, détachés de l’armée prussienne, mais dévoués corps et âme à Stieber. Le second est à la tête d’une organisation occulte recrutant des informateurs à travers toutes les classes sociales et toutes les nations de la Nouvelle Europe. L’organisation joue un rôle capital lors de la guerre contre l’Autriche en 1866, puis contre la France en 1870. Ainsi à cette date, 30.000 agents quadrillent le voisin d’outre-Rhin renseignant par une organisation pyramidale le maître-espion prussien et son Maître, de la plus petite rumeur des campagnes beauceronnes ou des derniers projets du gouvernement, au grand dam du préfet de police de Paris, Louis Andrieux. Stieber a tout particulièrement étudié — et fait infiltrer, les milieux de la prostitution et de la bourse de Londres, Berlin et Paris. C’est d’ailleurs à ces milieux de la prostitution, notamment à une certaine « Madame T. » à Berlin, qu’il doit sa survie lors de sa disgrâce en 1858.

« Mais Stieber ne s’en tint pas à Paris ; il raconte dans ses lettres qu’il s’assura aussi des relations et de très précieux auxiliaires dans les grandes villes de France, telles que Lyon, Bordeaux, Marseille. Les renseignements qui lui parvinrent de ces différentes sources ne furent pas étrangers à la promptitude de la déclaration de guerre, en 1870. »

Victor Tissot, La police secrète prussienne, 1884.

Karl et Conrad Drachenfels sont des personnages du roman d’A. Brot, Les Espions, 1874. Les mémoires de Wilhelm Stieber (Espion de Bismarck) sont disponibles aux éditions Pygmalion, 1985, et propices à de nombreux scénarios de jeux de rôle.

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