Pharmacie idéale

Où l’on vous propose le nécessaire pour soulager les maux de la vie d’aventurier, en quinze remèdes ou en un seul.


- Analgésiques
- Anesthésiques, sédatifs et somnifères
- Antiseptiques
- Cicatrisation & cautérisation
- Contre-poison
- Toniques

Pour une explication du vocabulaire, voir la fiche sur les plantes médicinales.

Analgésiques

- Le plus célèbre des analgésiques est bien entendu la morphine, du grec Μορφεύς, capable de vous transporter dans les bras de Morphée, dieu du sommeil et des rêves. Découvert en 1804 par Bernard Courtois, son utilisation est d’abord étudié par le pharmacien allemand Friedrich Wilhelm Adam Sertürner. La morphine est alors issu de l’opium, et s’injecte en intraveineuse grâce à l’invention de la seringue hypodermique à aiguille creuse, mise au point en 1850 par le médecin lyonnais Charles Pravaz.

-  Le laudanum, ou l’élixir parégorique sont deux teintures d’opium (c’est-à-dire extraits d’opium dissouts dans de l’alcool) qui ont un effet analgésique, antidiarrhéique, mais qui sont plus généralement utilisés pour traiter de nombreuses affections (rhume, syphilis, méningite, tuberculose ...). Ils entrainent pourtant dépendance et hallucinations lorsqu’ils sont pris trop régulièrement ou à fortes doses. Or comme médicaments, ils ne sont pas taxés par les gouvernements contrairement aux alcools ; leur prix est donc extraordinairement bas sans qu’il soit bien difficile de s’en procurer, provoquant d’importants ravages parmi les classes laborieuses de la Nouvelle Europe.

- La saliciline (d’après le nom donné par le pharmacien Pierre-Joseph Leroux en 1829, à partir d’écorce de saule blanc, ou de reine-des-près) est connue à partir de la fin du XIXe siècle sous le nom d’Aspirin d’après le brevet déposé par les laboratoires Bayer. C’est à la fois un analgésique (diminution de la douleur), un antipyrétique (diminution de la fièvre), un anti-inflammatoire et un antiagrégant plaquettaire (empêche la coagulation du sang). On la rencontre sous la forme de cristaux incolores ou blancs, solubles, d’odeur caractéristique. En 1853 l’acide acétylsalicylique est synthétisé par Charles Frédéric Gerhardt.

Anesthésiques, sédatifs et somnifères

- Le chloroforme a simultanément été découvert en France (Eugène Soubeiran), en Amérique (Samuel Guthrie) et en Allemagne (Justus von Liebig) en 1831. Utilisé comme solvant par l’industrie chimique, c’est en pharmacopée, un très utile anesthésiant des blocs opératoires. Il se présente sous forme d’un liquide incolore hautement volatile mais à l’odeur très caractéristique. Absorbé ou inhalé à forte concentration, il peut conduire au coma, voire entraîner des troubles respiratoires et cardiaques qui peuvent s’avérer mortels.

- Le bromure de potassium est un sédatif et un anticonvulsivant (par exemple en cas d’épilepsie) qui se présente sous forme de poudres ou granulés blancs, ou d’une solution limpide incolore. Il a été découvert en 1825 par Antoine Jérôme Balard. Notez que c’est également un puissant anaphrodisiaque, souvent glissé discrètement dans les plats des soldats.

Antiseptiques

- L’iodoforme (ou triiodométhane), est un précipité jaune à l’odeur un peu safranée, caractéristique et tenace. Préparé en 1822 par Georges Serullas, qui devient trois ans plus tard professeur et chef pharmacien à l’hôpital du Val-de-Grâce, sa formule moléculaire a été identifiée par Jean-Baptiste Dumas en 1834.

- La teinture d’iode (iode + alcool), mise en usage grâce aux travaux de Bernard Courtois au début du siècle, peut être considéré comme l’antiseptique cicatrisant universel dont les armées sont les plus grandes consommatrices tout au long du XIXe siècle. Elle se présente sous forme d’un liquide normalement de couleur bleue. Lorsque l’iode est dissoute dans une solution aqueuse d’iodure de potassium, on l’appelle solution de Lugol, du nom du médecin qui la inventée toujours au début du siècle.

Cicatrisation & cautérisation

- Les pierres (remèdes solides constitués en général par asséchement au four des différents ingrédients, d’usage essentiellement externe) sont utiles à ces procédés. On peut distinguer la pierre médicamenteuse (alun, céruse, bol d’Arménie, sulfate de zinc, sel ammoniac et vinaigre), appliquée chaude sur les ulcères pour les cicatriser ; la pierre à cautères (potasse caustique à la chaux et chaux vive) appliquée amollit avec de l’eau de vie et qui a pour but au contraire d’entretenir la suppuration ; la pierre infernale enfin (fabriquée avec des cristaux de lune et de l’esprit de nitre, donc d’usage délicat) qui sert à nettoyer les affections de la peau (suppuration, cicatrisation).

Contre-poison

- La Thériaque, mise au point, dit-on, par Andromaque, le médecin de Néron, n’a pas de formule fixée avant le XVIIe siècle. Elle est alors préparée en public afin d’éviter les fraudes, car de tous les médicaments connus, voici celui qui seul peut vous guérir de tout. Son nom vient du grec θηριον (« Therion », étant la vipère, le serpent, et, par extension, le poison en général), mais son principe est tiré du latin, Similia similibus curantur : guérir le mal par le mal puisqu’elle contient de la poudre de vipère desséchée pour lutter contre les poisons. Les esprits faibles du milieu du XIXe siècle considèrent que c’est plus un « chaos infâme » plus qu’un remède utile, déconsidérant une préparation pourtant pluriséculaire ... Une thériaque simplifiée est connue sous le nom de diascordium.

Formule légale de la thériaque suivant le Codex (poids des composants donné en grammes) :

Opium de Smyrne : 120 ; gingembre : 60 ; iris de Florence : 60 ; valériane : 80 ; acore aromatique : 30 ; rapontic (rhubarbe) : 30 ; quintefeuille (potentille) : 30 ; racine d’aristoloche : 10 ; racine d’asarum : 10 ; racine de gentiane : 20 ; racine de meum : 20 ; bois d’aloès : 10 ; cannelle de Ceylan : 100 ; squammes de scille : 60 ; dictame de Crète (marjolaine) : 30 ; feuilles de laurier : 30 ; feuilles de scordium : 60 ; sommités de calament : 30 ; sommités de marrubes : 30 ; sommités de pouliot : 30 ; sommités de chamaedrys (germandré) : 20 ; sommités de cammaepitys : 20 ; sommités de millepertuis : 20 ; rose rouge : 60 ; safran : 40 ; fleurs de stoechas (lavande) : 30 ; écorce sèche de citron : 60 ; poivre long : 120 ; poivre noir : 60 ; fruits de persil : 30 ; fruits d’ammi : 20 ; fruits de fenouil : 20 ; fruits d’anis : 50 ; fruits de séseli : 20 ; fruits de daucus de Crète (carotte) : 10 ; fruits d’ers : 200 ; fruits de navet : 60 ; fruits de petit cardamome : 80 ; agaric blanc (champigon de Paris) : 60 ; suc de réglisse : 120 ; cachou : 40 ; gomme arabique : 20 ; myrrhe : 40 ; oliban (encens) : 30 ; sagapénum (gomme séraphique) : 20 ; galbanum (extrait de férule) : 10 ; opopanax : 10 ; benjoin : 20 ; castoréum : 10 ; mie de pain : 60 ; terre sigillée : 20 ; sulfate de fer sec : 20 ; bitume de Judée : 10. Les recettes anciennes ajoutent de la poudre de vipères séchées.

Piler toutes ces substances convenablement desséchées, les passer au tamis de soie de manière à obtenir une poudre très fine et à laisser le moins possible de résidus : voilà la poudre thériacale. Prendre alors 1.000 grammes de cette poudre, 50 grammes de térébenthine de Chine, 3.500 grammes de miel blanc et 250 grammes de vin de Grenache.

Liquéfier dans une bassine la térébenthine, y ajouter assez de poudre thériacale « pour la diviser exactement ». Faire fondre le miel et, tandis qu’il est assez chaud, l’incorporer peu à peu au premier mélange ; y ajouter alors par petites quantités le reste de la poudre et du vin, ce qui doit donner finalement une pâte un peu molle.

Après quelques mois, triturer de nouveau la masse dans un mortier pour la rendre parfaitement homogène.

Toniques

- La Strychnine issu de la noix vomique est un stimulant très puissant — tellement puissant qu’il se transforme bien vite en excellent poison, pour lutter contre les corbeaux ou les petits rongeurs ... mais elle est également propice aux assassinats. C’est un stimulant du système nerveux central, qui accroît le goût, l’odorat et la vue. À dose moyenne, elle augmente l’amplitude respiratoire, utilisé comme produit dopant par les sportifs, (Thomas Hicks devint par exemple champion olympique du marathon en 1904 grâce à deux piqûres de strychnine). Elle est isolée en 1818 par deux pharmaciens français, Pierre Joseph Pelletier et Joseph Caventou. On l’obtient en râpant la noix vomique dans l’alcool bouillant puis en distillant la liqueur obtenue. Ses cristaux sont inodores et incolores mais de goût très amer.

- La quinine, isolée comme la strychnine par Joseph Caventou en 1820, était connue par les civilisations mezo-américaines, et rapportée en Europe dès le XVIIIe siècle. Utilisée aussi bien contre la malaria que contre les crampes, son goût amer incite les coloniaux de sa Gracieuse Majesté à la mélanger avec du gin, inventant ainsi le fameux gin tonique. La quinine est pourtant toxique pour le système nerveux, pouvant entraîner à forte dose des problèmes rénaux, la surdité ou même la mort.

- La digitaline, issue de la digitale pourpre et découverte au XVIIIe siècle par un médecin et botaniste britannique, est synthétisée au cours du XIXe par Claude-Adolphe Nativelle. On l’utilise dans le traitement de diverses maladies du cœur comme l’insuffisance cardiaque, parce qu’elle renforce la contraction cardiaque, ralentit et régularise les mouvements du cœur. Elle est pourtant toxique, augmente l’excitabilité et le débit rhénal.

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