100.000, une société ... humaine

Où l’on rencontre les petits enfants des petits enfants des petits enfants ... de vos petits enfants. Et vous en êtes fiers ?!

Les informations de la fiche suivante sont des extraits des rapports du mathématicien Pierre Saint-Menoux et du chimiste Noël Essaillon, établis à l’aide du scaphandre spatio-temporel conçu par ce dernier. Leur point chronologique de départ se situait le 6 juin 1942. À l’appui de leurs dires, un certain nombre de films ont été rapportés et sont archivés à la bibliothèque nationale sous les côtes 43-2072A à 43-2076G.

Comment en sont-ils arrivés là ?

L’élément déclencheur de la transformation semble être l’année 2052 lorsque la disparition de l’électricité fit revenir les Hommes à une société volontairement sans technologie. Pour autant, une nouvelle force fut utilisée pour faire avancer l’Humanité ...

« Tous les êtres humains, après 2052, furent plus ou moins doués de cette force. Mais peu d’entre eux surent en tirer parti. Le premier qui l’utilisa volontairement et rationnellement fut un paysan nommé Fortuné qui trouvait les travaux des champs pénibles. Il parvint à se faire obéir au premier mot, puis sans parler, non seulement des hommes, mais des animaux, enfin des choses. Les outils dont il avait besoin arrivaient dans sa main. Bientôt il n’appela plus les outils, mais seulement sa pipe ou la cruche. Il demeurait sur son banc, au soleil. Vingt hommes travaillaient pour lui. Il asservit tout le village, et prit du ventre.

Ceci se passait vers l’an 3110. Le roi Honoré III, quarante-cinquième successeur du patriarche François, fit comparaître devant lui Fortuné et le condamna à être brûlé vif. Fortuné surgit souriant des cendres du bûcher. Le peuple qui lui avait craché dessus l’acclama, fit subir à Honoré le poids de sa colère, et installa sur le trône le miraculé.

Le nouveau souverain était un bon vivant. Il voulut faire le bonheur de ses sujets. De tous ses sujets, sans injustice. Il commença par rechercher quelques cerveaux puissants, constitua par leur réunion une sorte d’accumulateur d’énergie mentale. Cet organisme portait dans la langue de l’époque le nom de bren-treuste. Les hommes de cerveau faible, c’est-à-dire la multitude, subirent sa volonté. Il commanda au roi lui-même et l’absorba. Il devint le maître de l’humanité. »

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Une société égalitaire et fonctionnelle.

Cette nouvelle force fait perdre a chacun son individualité au profit de tous : tous sont tendus vers le bonheur du groupe, se spécialisant dans ce que chacun sait le mieux faire. Chacun doit donc perdre ce qui pourrait faire son malheur, les sens inutiles qui pourraient apporter de la douleur, mais aussi tout ce qui est inutile au groupe.

« La population du globe s’est multipliée. Elle a modifié son habitat selon le même principe de justice. Attaqués par une formidable main-d’œuvre, les montagnes ont été rasées, les océans comblés, les fleuves enterrés, les terres nivelées. Au circuit extérieur de l’eau : pluie-rivière-mer-nuage-pluie, a succédé une circulation interne. Les ruisseaux et les fleuves courent à l’intérieur du globe en un mouvement perpétuel entretenu par les différences de température du sous-sol. Des canaux creusés de main d’homme irriguent par-dessous les prés et les vergers, donnent à l’air par l’intermédiaire des plantes, l’humidité nécessaire à la vie, transportent la chaleur du feu central vers les pôles et l’hémisphère menacé par l’hiver. Ainsi se trouve abolie cette inégalité naturelle qui faisait bénéficier un Européen du Sud d’un climat tempéré, alors que son frère Esquimau, né égal en droits, subissait les rigueurs du froid.
Notre terre n’est plus reconnaissable. Toute plate, toute tiède, elle n’offrirait aucun attrait au touriste. Mais il n’y a plus de touriste au Me siècle, plus d’oisif, plus d’homme qui profite égoïstement du travail des autres et passe son temps à son plaisir. »

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L’arasage du paysage s’est fait également au détriment des espèces vivantes inutiles, c’est-à-dire toutes, hors des vaches et des porcs devenus herbivores. En contre partie, l’humanité s’est divisée. On peut signaler ainsi, d’après leurs fonctions, les bergers :

« Il était nu. Je m’apprêtais à disparaître, mais il passa, me frôla, sans avoir manifesté qu’il se fût aperçu de mon existence. Son regard avait glissé sur moi avec une indifférence minérale. J’eus l’impression affreuse d’être regardé par un être d’un autre monde, par un spectre, un mort ou un dieu.
Plusieurs hommes suivaient le premier, pareils à lui dans leur nudité et leur calme. Ils marchaient à grands pas lents et lourds, laissaient pendre leurs longs bras comme outils au repos. Ils arrivaient les uns derrière les autres, ne parlaient point, ne regardaient rien. Leur peau était rude, couleur de vieux bois, sans un poil ni un cheveu.

Si vous vous trouvez, tout à coup, en face d’un de vos semblables dépourvu de vêtements, sur quelle partie de son corps portez-vous aussitôt vos yeux ?... Je n’échappai pas à ce réflexe, dû sans doute à d’obscurs refoulements. Mais rien ne s’offrit à ma vue. Le bas de ces ventres bruns était lisse et nu. […] Les muscles fessiers de ces êtres étaient soudés en une seule masse demi-sphérique, polie commun un vieux cuir. L’anus, lui aussi avait disparu.
Par contre, la poitrine s’était développée vers le bas, aux dépens de l’abdomen résorbé. Les côtes descendaient jusqu’aux cuisses. L’homme de l’an cent mille n’avait plus de tripes ! »

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ou encore « les ventres » :

« À terre, des outres bleuâtres, dont certaines paraissaient pleines et d’autres vides, étaient rangées en files sur une couche d’herbe sèche. J’estimai leur nombre à deux ou trois milliers.
Un des bergers entrés avec moi conduisit sa vache vers une de ces outres flasques, et introduisit le tétin de l’animal dans un trou du récipient. J’entendis avec étonnement un bruit de succion. Je m’approchai. Ce n’était pas un trou, mais une bouche qui suçait le pis de la bête ! Autour de cette bouche s’étalait une sorte de visage humain, plat comme une crêpe, une face lunaire, sans crâne, ni cou, à peine distincte de l’abdomen dans lequel se vidait la mamelle.
La bouche suçait comme celle d’un bébé affamé. Les yeux sans âme exprimaient une sorte de plaisir passif, teinté d’abrutissement, et me rappelaient cette expression qu’on voit dans les restaurants aux hommes seuls à table, qui ne lisent ni ne parlent et ne sont occupés qu’à mâcher.
J’entendais le gargouillis du liquide qui coulait à l’intérieur de l’être affamé. De part et d’autre de son ventre pendaient, atrophiés à une échelle de poupée, des jambes et des bras mous.
Le cœur soulevé, je dus me rendre à l’évidence : ces outres épandues sur la paille, ces récipients, ces ventres sans cervelle, sans muscles, sans os, étaient eux aussi des hommes ! Ces monstres que je foulais de mes bottes invisibles, était peut-être né de mon sang...

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Le lecteur intéressé par de plus larges descriptions, celles des « hommes » chargés de l’engloutissement des porcs ou des fruits, celles de la dangereuse caste des guerriers, celles des terrassiers, celles du système de reproduction ou de contrôle de la société, ce lecteur interessé se reportera aux rapports indexés aux films dont les références ont été données ci-dessus.
Notons enfin que Noël Essaillon rédigea grâce à ces voyages un Essai sur l’évolution de l’espèce humaine, prenant la suite des travaux de Darwin, qui fut achevé après son décès, par Pierre Saint-Menoux.

Les descriptions de la société de l’an 100.000 sont issues du roman de René Barjavel, Le voyageur imprudent, 1943.

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