À la recherche des îles Aurora.

Où l’on cherche en vain des îles perdues au milieu de l’océan. Pourquoi alors tant de marins ont-ils prétendus les avoir croisées ?

On prétend que ces îles ont été découvertes, dès 1762, par le commandant du trois-mâts Aurora. En 1790, le capitaine Manuel de Oyarvido, du trois-mâts Princess, appartenant à la Compagnie Royale des Philippines, affirme qu’il a passé directement à travers ces îles. En 1794, la corvette espagnole Atrevida partit dans le but de vérifier leur position exacte, et, dans un mémoire publié par la Société Royale Hydrographique de Madrid en 1809, il est question de cette exploration dans les termes suivants :

« La corvette Atrevida a fait dans le voisinage immédiat de ces îles, du 21 au 27 janvier, toutes les observations nécessaires, et a mesuré avec des chronomètres la différence de longitude entre ces îles et le port de Soledad dans les Malvinas. Elles sont au nombre de trois, situées presque au même méridien, celle du milieu un peu plus bas, et les deux autres visibles à neuf lieues au large. »

Les observations faites à bord de l’Atrevida fournissent les résultats suivants relativement à la position précise de chaque île : Celle qui est le plus au nord est située à 52° 37′ 24″ de latitude sud et à 47° 43′ 15″ de longitude ouest ; celle du milieu à 53° 2′ 40" de latitude sud et à 47° 55′ 15″ de longitude ouest ; enfin celle qui occupe l’extrémité sud, à 53° 15′ 22" de latitude sud et à 47° 57′ 15″ de longitude ouest.

« [...]chose étrange à dire, pendant que quelques-uns sillonnaient la mer dans tous les sens à l’endroit supposé, sans pouvoir les découvrir, d’autres, — et ils sont nombreux, — déclarent positivement les avoir vues »

Le 27 janvier 1820, le capitaine James Weddell, appartenant à la marine anglaise, fit voile de Staten-Land, toujours à la découverte des Auroras. Il dit dans son rapport que, bien qu’il ait fait les recherches les plus laborieuses et qu’il soit passé non-seulement sur les points précis indiqués par le commandant de l’Atrevida, mais encore dans tous les sens aux environs desdits points, il n’a pu découvrir aucun indice de terre. Ces rapports contradictoires ont incité d’autres navigateurs à chercher les îles ; et, chose étrange à dire, pendant que quelques-uns sillonnaient la mer dans tous les sens à l’endroit supposé, sans pouvoir les découvrir, d’autres, — et ils sont nombreux, — déclarent positivement les avoir vues, et même s’être trouvés à proximité de leurs côtes. Le capitaine Guy avait l’intention de faire tous les efforts possibles pour résoudre une question si singulièrement controversée [1].

Nous continuâmes notre route, entre le sud et l’ouest, avec des temps variables, jusqu’au 20 du même mois, et nous nous trouvâmes enfin sur le lieu en discussion, par 53° 15′ de latitude sud et 47° 58′ de longitude ouest, — c’est-à-dire presque à l’endroit désigné comme position de l’île méridionale du groupe. Comme nous n’apercevions pas trace de terre, nous continuâmes vers l’ouest par 53° de latitude sud, jusqu’à 50° de longitude ouest. Alors nous portâmes au nord jusqu’au 52e parallèle de latitude sud ; puis nous tournâmes à l’est, et nous tînmes notre parallèle par double hauteur, matin et soir, et par les hauteurs méridiennes des planètes et de la lune. Ayant ainsi poussé vers l’est jusqu’à la côte ouest de Georgia, nous suivîmes ce méridien jusqu’à ce que nous eussions atteint la latitude d’où nous étions partis. Nous fîmes alors plusieurs diagonales à travers toute l’étendue de mer circonscrite, gardant une vigie en permanence à la tête de mât, et répétant soigneusement notre examen trois semaines durant, pendant lesquelles nous eûmes toujours un temps singulièrement beau et agréable, sans aucune brume. Aussi fûmes-nous pleinement convaincus que, si jamais des îles avaient existé dans le voisinage à une époque antécédente quelconque, présentement il n’en restait plus aucun vestige. Depuis mon retour dans mes foyers, j’apprends que le même parcours a été soigneusement suivi en 1822 par le capitaine Johnson, de la goélette américaine Henry, et par le capitaine Morrell, de la goélette américaine Wasp ; — mais ces messieurs n’ont pas obtenu de meilleurs résultats que nous.

Notes

[1Parmi les navires qui ont prétendu, à différentes époques, avoir trouvé les Auroras, on peut citer le trois-mâts San-Miguel, en 1769 ; le trois-mâts Aurora, en 1774 ; le brick Pearl, en 1779, et le trois-mâts Dolores, en 1790. Ils sont unanimes quant à la latitude : 53 degré sud. — E. A. P.

E. A. Poe, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, traduction par Charles Baudelaire, 1868, chap. XIV « Les îles introuvables ».

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