1912, le Miracle.

Ce que d’aucuns pourraient légitimement concevoir comme étant une catastrophe, fut vu par la majorité comme un Miracle.

« Plus tard — durant les mois, les années, les siècles qui suivraient — on ferait d’innombrables comparaisons. Le Déluge, l’Apocalypse, l’extinction des dinosaures. Mais l’événement proprement dit, et la terrible conscience de cet événement qui se propagea à travers les restes du monde humain, n’avait ni parallèles ni précédents.
En 1877, l’astronome Giovanni Schiaparelli avait cartographié les canaux martiens. Des décennies durant, ses cartes avaient été reproduites, affinées, acceptées comme le fidèle reflet de la réalité ; jusqu’à ce qu’on découvrît, grâce à des lentilles plus puissantes, que les canaux étaient une illusion, à moins que Mars elle-même n’eût changé entre-temps : cela n’avait rien d’impossible, à la lumière de ce qu’il était advenu de la Terre. Peut-être quelque chose s’était-il tordu dans tout le système solaire, tel un fil porté par un souffle d’air, en une déformation éphémère mais d’une incroyable ampleur qui avait effleuré les mondes froids les plus éloignés du soleil ; s’était propagée à travers le roc, la glace, le manteau, les couches de minéraux sans vie. Avait transformé tout ce qu’elle touchait. En progressant vers la Terre.
Signes et présages s’étaient succédés dans les cieux. En 1907, la boule de feu de la Toungouska. En 1910, la comète de Halley. D’aucuns, comme la mère de Guilford Law, croyaient voir arriver la fin du monde. Déjà.
Cette nuit de mars, le ciel était plus resplendissant au loin, sur l’océan Atlantique, que lorsque la comète était passée. Des heures durant, l’horizon flamboya de bleu et de violet. La lumière, au dire des témoins, évoquait un mur. Elle tombait au zénith, divisant les eaux.
On la voyait de Khartoum (immatériel obstacle dressé au nord) comme de Tokyo (faible brillance à l’ouest).
De Berlin, de Paris, de Londres, de toutes les capitales européennes, la muraille onduleuse paraissait englober l’étendue céleste entière. Des centaines de milliers de gens se rassemblaient dans les rues, sous sa froide floraison, oublieux du sommeil. Les rapports affluèrent à New York jusqu’à minuit moins quatorze minutes.
À 23h46, heure de la côte est, le télégraphe transatlantique se tut aussi soudainement qu’inexplicablement. »

R. Ch. Wilson, Darwinia, p.14-15.

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Darwinia
Illustration de l’édition originale, Tor Books éd., 1998.

Ce que découvre le premier navire à rallier l’Europe suite à cet étrange épisode, est de fait nouveau continent : le tracé de la côte, le cours des fleuves, la topographie des montagnes correspond bien à ce qui était connu, mais du Vieux continent, rien ne demeure autrement. Faune, flore, populations, civilisations ont disparu. À la place, de nouvelles espèces, des espaces vierges, des senteurs inconnues. Tout un monde à renommer : faucons-mites, arbres-mosquées, serpents des mers, serpents à fourrures, ensouchés, dangereux insectes invertébrés décapodes carnivores ...

Et des questions sans fin, de tous ordres. Certaines questions sont spirituelles, telles que : pourquoi un tel cataclysme ? La science ne pouvant en donner d’explication, serait-ce un signe de Dieu ? Que penser de la théorie de l’évolution darwinienne, sinon la rejeter résolument et, en guise de moquerie, nommer ce nouveau continent “Darwinie” ? Mais comment expliquer la présence de charbon dans le sous-sol de ce continent moins de dix ans après son apparition ? Comment expliquer la présence d’os fossiles d’espèces que l’on ne retrouve pas ?
D’autres questions sont beaucoup plus matérielles : à qui appartient ce nouveau contient ? Les héritiers des anciennes nations françaises, anglaises, allemandes, italiennes, réfugiés dans leurs colonies [1] ont-ils des droits sur ce nouveau continent ? Ou, comme le soutien la doctrine Wilson des Etats-Unis, sont-ce des terres libres de frontières, à la merci des premiers venus... ou des plus forts ? Et la guerre couve déjà pour ces terres incultes et hostiles.

Tentatives d’explications.

Certains évoquent, pour expliquer le Miracle, une guerre interstellaire jouant sur les réalités parallèles. Si ce dernier concept ne nous est pas complétement étranger, l’idée de devoir faire intervenir des petits hommes verts (même si nous caricaturons là outrageusement la pensée développée) nous semble un réel pis aller. Hélas, aucun parallèle ne nous a été pour l’instant rapporté pouvant induire une autre explication, sauf peut-être, mais à l’échelle de la terre entière, la transformation subit suite aux interventions répétées de l’Alterfrérie sur le temps.

Notes

[1Ceci n’est pas sans rappeler l’expérience de 1878 évoquée par cette fiche.

Ce “Miracle” de 1912, est la base du roman fantastique de Robert Charles Wilson, Darwinia, 1998.

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