1904, Incendie d’Ålesund

Où encore une fois, le feu, le feu, le feu est le plus acharné des ennemis des sociétés humaines.

Un terrible sinistre a détruit, hier, la petite ville d’Aalesund, port de la Norvège méridionale dans des nombreux îlots du Romsdal.

Le feu se déclara dès les premières heures du jour, et un vent violent le propagea rapidement. Dès neuf heure et demie, les trois quarts de la ville étaient détruits et le reste était en flammes. On manque encore de détails, les communications télégraphiques ayant été interrompues. On sait cependant qu’aucun habitant n’a péri ; mais près de 10,000 personnes sont sans abri, et les pertes sont évaluées à plusieurs millions de couronnes (1 couronne = 1f.33).

Toute la Norvège prend part aux préparatifs de secours pour les victimes de l’incendie d’Aalesund. L’administration militaire expédie de Trondhjem et de Bergen des tentes, des lits et des vivres. Le ministre des finances a déclaré au Storthing que le gouvernement affecterait aux victimes d’Aalesund les fonds de la caisse de réserve pour les dépenses imprévues. D’autre part, des particuliers envoient, de leur côté, un vaisseau avec de l’argent et des vêtements.

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Un incendie d’une violence extrême a éclaté hier dans la ville d’Aalesund, en Norvège, et a détruit une grande quantité d’habitations. Plus de dix mille personnes se trouvent sans abri et sans ressources. Le pays tout entier s’émeut, comme il est juste, et, de toutes parts, les secours affluent. Mais ils affluent aussi d’Allemagne. Les dépêches annoncent que l’empereur a provoqué la formation d’un comité qui enverra des médecins, des vivres et de l’argent à cette malheureuse population. Et cette initiative veut être soulignée. Elle part d’un sentiment d’humanité, sans doute. Mais la politique n’y est pas étrangère.

J’ai eu l’occasion de recevoir, dernièrement, la visite d’un Français établi en Suède. Il m’a rapporté de tristes impressions sur les tendances actuelles des esprits en Suède et en Norvège. Tristes pour nous. C’est vers l’Allemagne que se tournent tous les regards et toutes les curiosités. On ne nous connaît plus là-bas. On nous oublie. […]

Pourquoi ne pas faire tout ce qui dépend de nous pour retrouver les sympathies actives de deux peuples avec lesquels nous n’avons jamais eu de difficultés, mais qui sont simplement sortis, par suite d’événements très généraux et déjà lointains, de notre sphère d’attraction ? S’ils peuvent y rentrer — et l’on ne voit pas de raison décisive qui les en empêche — il ne faut rient négliger pour les y ramener.

Le Temps, 24 janvier 1904.

Dès que l’empereur d’Allemagne eut connaissance de ce sinistre, il donna l’ordre de former un comité de secours en faveur des victimes, et fit partir le vapeur Phœnicia, de la compagnie de navigation Hambourg-America, ayant à bord un personnel médical et emportant des vivres, des lits et d’autres objets d’utilité. Il envoya également le grand croiseur Prince Henri, avec des médecins et un matériel médical. Enfin, le Weimar du Lloyd a quitté Bremerhaven pour se rendre également sur les lieux du sinistre.

Quiconque a vu les villes en bois de la Norvège se représentera plus aisément la catastrophe qui vient de détruire Aalesund. Trondhejm, qui est la cité la plus fréquentée des touristes, et dont maint incendie a ravagé les rues, suffit à donner une idée de ce que peut être un sinistre causé par le feu dans une agglomération norvégienne. Mais les murailles de troncs bruts et les toits de bardaux dans une ville de moindre importance offrent encore plus de prise aux flammes que les surfaces lisses dont on recouvre les maisons dans la Norvège moderne. La peinture et les enduits blancs ou jaunes, souvent salis par la fumée, dont le tout est recouvert, ne font qu’ajouter aux risques de la propagation d’un incendie. Qu’un de ces ouragans de mer, si fréquents sur la côte, vienne à souffler lorsque le sinistre se déclare, et toute la ville y doit passer. C’est ce qui s’est produit plusieurs fois, non seulement à Trondhejm, mais dans presque toutes les villes de la Scandinavie. Aalesund n’est que la plus récente victime de ce genre de sinistres.

Hier encore, la petite ville se dressait au fond de son fjord, fière de son commerce et de sa gaieté. Aujourd’hui, elle a disparu.

Ce qui rend la situation plus difficile et plus douloureuse, c’est l’absence de communications rapides entre les villes de la côte. La Norvège entière n’est pas autre chose qu’un flanc de montagne tout creusé de fiords. L’établissement des chemins de fer le long de cette bande côtière coupée à chaque instant de profondes entailles maritimes est plus que difficile. Il serait, en outre, moins que rémunérateur, parce que les villes se trouvent, non pas au fond des fiords mais à leur entrée et qu’à la ligne centrale, il faudrait presque autant d’embranchements que de ports à desservir. Aucune ligne ne court donc parallèlement à l’Océan. La mer, bienfaisante mais capricieuse, est presque le seul moyen de communication entre les villes de la Norvège. Elles sont continentales et pourtant elle n’ont ensemble que des rapports d’île à île. frappées d’un malheur, elles ne peuvent recevoir de secours que par la mer. Il faut affréter, c’est-à-dire différer. On ne soulage qu’avec des délais.

Le Temps, 24 janvier 1904.

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