Scorbut

Où l’on vérifie une vérité exposée par toutes les mères : on a tort de ne pas manger assez de légumes ...

Alors le capitaine a déclaré : « C’est le scorbut, les gars. » C’était la première fois qu’un officier — capitaine, chirurgien, premier ou second maître — prononçait ce mot en trois ans. « Nous sommes victimes du scorbut, les gars, a-t-il poursuivi. et vous en connaissez tous les symptômes. Mais si vous ne les connaissez pas ... ou si vous n’avez pas assez de couilles pour y penser ... nous devons éclairer votre lanterne. » Alors, il a demandé au Dr Goodsir de le rejoindre et d’énumérer les symptômes du scorbut.
Ils approchaient à présent de l’Erebus. Peglar reprit :

— « Des ulcères, a dit Goodsir. Des ulcères et des hémorragies, sur toutes les parties du corps. Comme des petites poches de sang sous la peau. Qui coulent de tous les orifices de votre corps tant que dure la maladie : de votre bouche, de vos oreilles, de vos yeux, de votre cul. Vient ensuite une contraction des membres ; vos bras puis vos jambes se raidissent et refusent de bouger. Vous devenez aussi maladroit qu’un bœuf frappé de cécité. Ensuite, vos dents se mettent à tomber. » Goodsir a marqué une pause. Le silence était si épais qu’on n’entendait même pas respirer ces cinquante hommes. On n’entendait que le navire grogner et grincer dans son étau de glace. « Et pendant que vos dents tombent, a repris le chirurgien, vos lèvres virent au noir et se racornissent, exposant au jour ce qu’il vous reste de dents. Vous ressemblez à un mort. Puis vos gencives se mettent à enfler. Et à empester. Car telle est la source de la puanteur qui accompagne le scorbut : vos gencives en train de pourrir de l’intérieur. »
Peglar reprit son souffle.

— « Mais ce n’est pas tout, a-t-il poursuivi. Votre vision et votre ouïe sont affectées ... ainsi d’ailleurs que votre jugement. Soudain, il vous paraît tout naturel d’aller faire un tour dehors sans avoir enfilé ni vos moufles ni votre tenue de froid. Vous perdez le nord, vous ne savez même plus planter un clou. Et non contents de vous trahir, vos sens se retournent contre vous. Si l’on propose une orange bien fraîche à un malade du scorbut, l’odeur qui s’en dégage lui donne la nausée, le rend littéralement fou. Le bruit d’un traîneau glissant sur la neige lui est insupportable ; celui d’un coup de feu peut lui être fatal. »
« L’un des complices de Hickey a lancé une objection. “Mais on boit pourtant notre jus de citron !”
« Goodsir a secoué la tête avec tristesse. “Il ne nous en reste plus beaucoup en réserve, et ce qu’il nous reste ne vaut plus grand chose. Pour une raison qui nous est inconnue, les antiscorbutiques comme le jus de citron perdent leur puissance au bout de quelques mois. Notre jus de citron est vieux de trois ans et on n’en a quasiment plus.” »

Dan Simmons, Terreur, Robert Laffont, 2008, p.344-345.
Le lecteur curieux pourra également se reporter, dans le même roman, à la description de la lente agonie d’Edmund Hoar, entre les pages 402 et 405.

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