Conseil Arctique

En réalité, le Conseil arctique n’existait pas. C’était une société honoraire plutôt qu’une institution à proprement parler, mais c’était aussi le club masculin le plus sélect de toute l’Angleterre. […] Pour appartenir à cette élite, il suffisait de commander une expédition dans l’Arctique ... et de survivre.

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Le conseil arctique, par Stephen Pearce.
Sir George Back, John Barrow, Sir Francis Beaufort, Frederick William Beechey, Edward Joseph Bird, William Alexander Baillie Hamilton, Sir William Edward Parry, Sir John Richardson, Sir James Clark Ross, Sir Edward Sabine.

… Le vicomte Melville — le premier notable d’une longue série qui réduirait Franklin à un silence imbibé de sueur — était lord de l’Amirauté et protecteur de leur protecteur, sir John Barrow. Mais Melville n’avait jamais exploré l’Arctique.

Les authentiques légendes du conseil arctique, des septuagénaires pour la plupart, lui évoquaient les sorcières de Macbeth ou un peloton de spectres plutôt que des êtres humains. Chacun de ces hommes l’avait précédé dans sa quête du passage du Nord-Ouest, aucun d’eux n’en était revenu tout à fait vivant.
Etait-il possible de revenir
vraiment vivant d’un hivernage dans les régions arctiques ? se demanda-t-il ce soir-là …

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Sir John Ross

… Sir John Ross, dont le visage d’Ecossais semblait présenter encore plus de facettes qu’un iceberg, avait en outre des sourcils aussi saillants que les plumes et la collerette de ces manchots que son neveu, sir James Ross, avait décrits à l’issue de son voyage dans l’Antarctique. Sa voix était aussi sèche qu’une brique récurant un pont aux planches criblées d’échardes …

Sir John Ross, CB, (24 juin 1777 – 30 août 1856).
Fils de pasteur, il s’engage dans la marine dès l’âge de 9 ans puis, profitant des guerres napoléoniennes, gravit les échelons de la marine suédoise. Il est commandant en 1812. En 1818, il prend la tête d’une expédition à la recherche du passage du Nord-Ouest. Dans ses équipages se trouve entre autres son neveu James Clark Ross, ou encore Edward Sabine ou William Edward Parry. Mais, abusé par une série de mirages (qu’il nomme imprudemment « monts Croker » les prenant pour des montagnes) il ne poursuit pas sa route et perd son crédit à son retour en Angleterre, John Barrow s’opposant à ce qu’il retrouve un commandement. En avance sur son temps, il soutient cependant l’usage de la vapeur dans la marine britannique et obtient d’un ami entrepreneur privé le commandement d’un petit vapeur en 1828, à destination toujours de ce passage du Nord-Ouest. Le navire est alors pris pour quatre ans dans les glaces de la péninsule de Boothia, qu’il explore avec l’aide d’Inuit. Au printemps 1832 enfin il abandonne le navire et part à pieds chercher du secours, ne perdant que trois hommes dans le périple ce qui lui vaut une gloire certaine à son retour en Angleterre, une tournée triomphale, un titre de chevalier et de compagnon de l’ordre du bain. Fâché avec son neveu au sujet de la découverte du pôle Nord magnétique, il est envoyé comme consul de Grande-Bretagne à Stockholm. John Ross est le premier à s’inquiéter de la disparition de l’expédition Franklin en 1847. En 1850, à 72 ans, il commande sa propre expédition de secours privée, sans succès. Il meurt à Londres en 1856 et est enterré au cimetière de Kensal Green.

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Sir John Barrow

... Sir John Barrow, plus vieux que l’Eternel et deux fois plus puissant. Le père des expéditions polaires britanniques. Comparés à lui, tous les autres convives, y compris les plus blanchis, n’étaient que des enfants ... les enfants de Barrow ...

Sir John Barrow, FRS, FRGS, (19 juin 1764 – 23 novembre 1848).
D’origine relativement modeste (il est professeur de mathématiques à 20 ans), remarqué pour ses facultés, il est attaché à la première ambassade britannique en Chine de 1792 à 1794 ce qui lui permet d’apprendre la langue est d’être par la suite régulièrement consulté par le gouvernement sur ce sujet. À la fin du XVIIIe s., il est envoyé dans la nouvelle colonie du Cap pour réconcilier Boers et Cafres. Revenu au Royaume-Uni en 1804, nommé second secrétaire de l’Amirauté (poste qu’il occupe pendant quarante ans), c’est lui qui propose Saint-Hélène comme second exil pour Napoléon Bonaparte. Il pousse à ce poste les expéditions polaires, reçoit le titre de baronnet en 1835, et prend sa retraite en 1845. Il commence alors la rédaction de récits de voyages et de ses mémoires.

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Sir William Parry

… Sir William Parry, le plus raffiné de tous les gentleman, capable d’en remontrer à la famille royale, qui avait tenté à quatre reprises de trouver le passage du Nord-Ouest, pour voir périr ses hommes et sombrer son Fury dans l’étreinte des glaces …

Sir William Parry, FRS (19 décembre 1790 - 8 ou le 9 juillet 1855).
Entré dans la marine britannique à l’âge de 13 ans, lieutenant de vaisseau à 20 ans, il protège les navires baleiniers autour de l’archipel du Spitsberg, dresse des cartes marines des îles Shetland et des côtes de la Suède et du Danemark, puis sert en Amérique du Nord dans la guerre de 1812 contre les Etats-Unis. Il sert sous les ordres de John Ross en 1818 à la recherche du passage du Nord-Ouest mais s’oppose à lui sur l’existence des monts Crokers. Pour dissiper la confusion, l’Amirauté lui confie une seconde mission en 1819 qui lui permet de prouver que le détroit de Lancaster ouvre un passage vers l’ouest. Ayant dû hiverner sur place en 1819/1820, son retour en Europe prouve qu’il est possible de passer la froide saison l’intérieur du cercle polaire sans danger majeur. Il repart en 1821 au commandement de l’Hecla et du Fury, mais est à nouveau bloqué dans les glaces au large de la rive sud de l’île Winter. Il occupe ses hommes en ouvrant une école et en exigeant du Royal Arctic Theatre qu’il leur fait monter, une représentation tous les quinze jours, avec costumes et éclairages. Un groupe d’Inuit lui ayant appris qu’une mer libre se trouve à l’ouest, il repart dès qu’il peut en 1822, mais le manque de vivre le contraint à rentrer en Angleterre en 1823. Il repart une troisième fois en 1824, toujours à bord de l’Hecla et du Fury mais connait rapidement l’échec et doit abandonner le second navire. Une dernière fois, il repart en 1827 à bord du seul Hecla, avec l’espoir d’atteindre le pôle nord, à pied si nécessaire, secondé par James Clark Ross. Sans aller jusque là, il atteint tout de même le 82°45´ de latitude nord. Sa santé déclinant, il accepte un poste dans une société civile australienne, puis est chargé de réorganiser le réorganiser le Home Packet Service (service des postes), avant d’être nommé contrôleur du Steam Departement créé par l’Amirauté en avril 1837. En tant que membre du Conseil Arctique, il conseil à partir de 1848 les expéditions de secours parties retrouver les hommes de Franklin. Il meurt aux bains d’Ems, près de Coblence, en 1855.

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Sir James Clark Ross

... Sir James Clark Ross, fraîchement titré, fraîchement marié, à une femme qui l’avait forcé à renoncer à ses expéditions. Il aurait commandé celle-ci s’il l’avait souhaité, et Franklin le savait aussi bien que lui. Ross et Crozier, un peu à l’écart de la compagnie, buvant et murmurant comme des conspirateurs ...

Sir James Clark Ross, FRS, (15 avril 1800 – 3 avril 1862).
Neveu de Sir John Ross qu’il accompagne durant les guerres napoléonienne comme engagé volontaire dans la marine royale, engagé avant l’âge de douze ans. Il le suit durant sa première expédition polaire en 1818. À leur retour, ils se fâchent à propos des supposées « monts Croker », et James Clark Ross repart avec William Edward Parry l’année suivante. Il prend alors activement part aux observations et Parry nomme cap James Ross l’un des promontoires de l’île Melville. Toujours sous son commandement, il participe à la difficile expédition de 1824-25. À cette date, James Ross avait passé tous ses étés depuis 1818 dans l’Arctique et hiverné quatre fois ; il devient un naturaliste et un taxidermiste réputé, de la Société linnéenne de Londres, mais est grièvement blessé durant l’expédition de 1827. Il est élu membre de la Royal Society en 1828, puis en 1829 accompagne son oncle dans une expédition privée qui se trouve bloquée quatre ans en arctique. Le 1er juin 1831, James Clark Ross parvient, au cours d’une virée à terre de 28 jours, à situer le pôle Nord magnétique sur un point de la côte ouest de la péninsule Boothia, et nomme la terre « île du Roi-Guillaume » en l’honneur de Guillaume IV du Royaume-Uni. Leur difficile retour est un triomphe. Considéré alors comme un spécialiste du magnétisme, il est chargé d’établir jusqu’en 1838 le premier relevé systématique du magnétisme des îles britanniques. En 1839 Sir John Barrow lui offre le commandement de l’Erebus et du Terror pour une expédition cette fois dans l’Antarctique. Il y passe les trois années suivantes à faire des observations géographiques et magnétiques. En 1843 il est fait chevalier, épouse Ann Coulman, et consacre les cinq années suivantes à rédiger le récit de son voyage dans les mers du Sud. Il repart en 1848 dans l’Arctique à la recherche de l’expédition Franklin, en vain. À son retour il mène une vie tranquille et est nommé contre-amiral en 1856. Il meurt en 1862.

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Francis Crozier

Francis Rawdon Moira Crozier, FRS, FRAS, (16 août 1796 – 1848 ?).
D’origine irlandaise ce qui ne facilite pas sa carrière, Francis Crozier s’engage volontairement à 13 ans dans la marine. En 1814 il visite les îles Pitcairn où il rencontre les derniers mutins survivants de la Bounty. En 1821, il rejoint la seconde expédition du capitaine William Edward Parry, à la recherche du passage du Nord-Ouest, expédition au cours de laquelle il se lie d’amitié avec James Clark Ross. En 1839 ce dernier qui dirige l’expédition, commande l’Erebus et lui confie le commandement du Terror. Il garde ce poste dans la malheureuse expédition de Sir John Franklin en 1845, prend le commandement de l’expédition à la mort de ce dernier en 1847 mais ne parvient pas à sauver les équipages après avoir abandonné les deux navires bloqués dans le pack. Au total, il a participé à six expéditions polaires entre 1821 et 1848 sans pour autant chercher la gloire personnelle contrairement à d’autres. Il avait élu membre de la Royal Astronomical Society en 1827 et de la Royal Society en 1843.

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Sir George Back

… Ce diable de sir George Back ; Franklin détestait se retrouver au même rang qu’un vulgaire aspirant ayant servi sous ses ordres, et un coureur de jupons en plus. Ce soir-là, sir John Franklin regrettait presque que Hepburn ait déchargé les pistolets lors de ce fameux duel. Back, le plus jeune membre du Conseil arctique, semblait plus ravi et plus suffisant que tous les autres, alors même que le HMS Terror avait failli couler sous ses pieds.

Sir George Back, FRGS, (6 novembre 1796 – 23 juin 1878).
Lui aussi s’engage jeune dans la marine britannique en guerre contre Napoléon. Mais fait prisonnier en 1809, il n’est libéré qu’en 1814, ce qui lui permet de perfectionner ses techniques de dessin. Il s’engage dans l’expédition parallèle à celle de John Ross en 1818, celle de David Buchan, et sert alors sous les ordres de John Franklin. Il suit ce dernier en 1819-1822 et 1824-1826 dans la difficile exploration de la côte Nord du Canada. Il se forge là une réputation de héros, que de méchantes langues mettent en doute, le considérant comme un dandy vaniteux et coureur — y compris de jupons indiens. Il en tire pourtant de somptueuses aquarelles. Malgré une santé dégradée, il prend la tête en 1834 d’une expédition de secours à John Ross, qui finalement regagne seul l’Angleterre, ce qui permet à Black d’explorer la rivière Thlew-ee-choh renomée rivière Back en son honneur. À son retour à Londres en 1836, il est élu membre de la Royal Geographical Society. Il repart l’année suivante à la tête du Terror, bloqué dans les glaces pendant 10 mois, avant de percuter un iceberg au printemps, le navire menaçant de couler jusqu’à ce que Back réussisse à l’échouer sur une côte irlandaise. Cette expédition lui vaut pourtant la médaille d’or de la Société de géographie de Paris, et le titre de chevalier en 1839. Sa santé empirant, il cesse à cette date de mener toute expédition, se contentant de conseiller l’Amirauté britannique. Il est promu contre-amiral en 1863 et amiral en 1876.

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Sir John Franklin

Sir John Franklin, KCH, FRS, FRGS, (15 avril 1786 – 11 juin 1847).
Lui aussi s’engage très jeune dans la marine, dès 1800, et participe à plusieurs grandes batailles navales des guerre napoléoniennes : Copenhague en 1801, puis après avoir voyagé en Océanie et en Asie, Trafalgar en 1805. En 1818 il participe l’expédition parallèle à celle de John Ross, sous le commandement de David Buchan, mais reste bloqué au nord-ouest du Spitzberg. Il repart en 1819 à l’exploration de la côte nord du Canada avec sous ses ordres George Back. Mais son manque de tact et son agressivité lui aliène les Indiens et les voyageurs canadiens. Le retour en 1821 est un calvaire, les hommes sont obligés de manger des lichens, de vieux bouts de cuirs, certains s’entre-tuent. L’expédition révèle surtout que Franklin, pieux, modeste à l’excès, doux et un peu maladroit, est aussi incapable de s’adapter aux imprévus. il est pourtant révéré comme un héros national à son retour en Grande-Bretagne en 1822, où il est élu membre de la Royal Society. Après sa seconde expédition (1824-1826), il reçoit la médaille d’or de la Société de géographie de Paris et est fait chevalier en 1829. L’année précédente, il avait épousé Jane Griffin, grande voyageuse et amie de sa première femme. Jusqu’en 1833 il navigue pour l’Amirauté en Méditerranée, puis obtient le poste de lieutenant-gouverneur de Tasmanie, jeune colonie ... essentiellement pénitentiaire. Il y mène une gestion humaniste, mais victime d’intrigues, il est finalement destitué en 1843. Par bonheur pour lui, l’Amirauté lui propose alors de préparer une nouvelle expédition à la recherche du Passage du Nord-Ouest. L’appui de sir William Parry ou sir James Clark Ross lui permet d’obtenir le commandement de l’expédition malgré ses 58 ans. Cette expédition arctique doit être la mieux équipée jusque-là : le 19 mai 1845, les HMS Erebus et HMS Terror, prennent la mer équipés de matériel dernier cri (moteur à vapeur, chauffage), d’une riche bibliothèque et de vivres pour trois ans. Le 26 juillet, dans le nord de la baie de Baffin, des pêcheurs de baleines sont les derniers à les apercevoir : ils disparaissent corps et biens et on ne trouve aucune trace de l’expédition pendant cinq ans malgré la multiplicité des secours dépêchés à partir de 1847 sous l’impulsion de lady Franklin elle-même. En mai 1859 McClintock découvre une note détaillant la tragédie dans un cairn sur l’île du Roi-Guillaume : Sir John Franklin était décédé le 11 juin 1847, Francis Rawdon Moira Crozier avait pris le commandement des restes de l’expédition.

Les citations sont tirées Dan Simmons, Terreur, Robert Laffont, 2008, p.31-32. Des biographies plus détaillées sont consultables sur le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

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