Buvons !

Nunc est bibendum ! dit-on. Oui mais quoi ?

Marie Brizard. En 1755, Marie Brizard, fille d’un bouilleur de cru bordelais, fonde avec son neveu Jean-Baptiste Roger, la société Marie Brizard et Roger, fabriquant une anisette à partir, dit-on, de la recette qu’un marin antillais lui a révélé. Port de base pour le commerce triangulaire avec les colonies françaises d’Amérique, Bordeaux reçoit l’anis, les épices (écorces d’oranges, cacao, coriandre, cannelle), la vanille et le sucre qui constituent les matières premières des fabriques de liqueurs. À partir de 1765, la société élargie sa production à d’autres liqueurs fines : parfait amour, fine orange, crème de Barbade, eau de cannelle, eau de café, eau de cèdre angélique. Marie Brizard décède en février 1801, léguant son entreprise à ses neveux. Aux cours du XIXe s., l’anisette obtient de nombreuses médailles (1re classe à l’Exposition universelle de Paris en 1855, médaille unique à l’Exposition de Londres en 1862 ...) et l’entreprise ajoute des activités de négoce de vin à sa branche liqueurs, puis de vente de cognac et de crème de menthe (un franc succès aux Etats-Unis) à la fin du siècle.

Cinzano En 1757 Giovanni Giacomo et Carlo Stefano Cinzano, deux frères herboristes turinois, inventent un apéritif à base de vin par addition de mistelle (mélange de moût de raisin et d’alcool), et aromatisé par une infusion de plantes aromatiques des Alpes (marjolaine, thym, millefeuille musqué…) : le vermouth Cinzano. D’abord connu sous le nom de « vermouth de Turin », il est exporté à partir de 1859 à Nice, en Savoie et jusqu’en Amérique du Sud.

Le Saint-Raphaël serait lui un vermouth né en France en 1830 sous les doigts du docteur Juppet. Celui-ci perdant progressivement la vue aurait dédié sa boisson à l’archange qui, dans la Bible avait guérit Tobie de la cécité. Vendu en pharmacie comme fortifiant, le breuvage met en avant les vertus excitantes du quinquina qui le parfument. À l’exposition universelle de Paris de 1900 la maison Saint-Raphaël s’offre pour support publicitaire une montgolfière géante pilotée par l’aéronaute Léon Lair.

Le Dubonnet est un autre vermouth, inventé en 1846 par le chimiste Joseph Dubonnet à Paris près de l’opéra Garnier. Présenté lui aussi comme médicament pour lutter contre le paludisme aux légionnaires servant en Afrique du Nord, ce « vin de quinquina », masque son goût amer par une décoction d’herbes et d’épices à la saveur forte.

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Anne-Rosine Noilly-Prat

On prétend que le vin français a perdu toutes saveurs depuis que les vapeurs du XIXe ont raccourci les trajets et éloigné les embruns. C’est ce qui donna, dit-on, l’idée à Louis Noilly de faire vieillir le vermouth de son père Joseph en plein air, fondant une nouvelle recette à partir de 1850. Puis c’est sa fille, Anne-Rosine Prat, qui poursuit son affaire à partir de 1865 et pour quarante ans. Dame de charité, elle n’oublie pas de distribuer gratuitement 600.000 litres par an de vin de messe, préside la Petite Œuvre pour les jeunes filles pauvres ou visite les malades lors de l’épidémie de choléra qui ravage Marseille en 1884.

Le Martini, encore un vermouth italien turinois, est une invention de Alessandro Martini, Luigi Rossi et Teofilo Sola en 1863. Dès 1865, ils remportent le Grand Prix à Dublin, et en 1912 ont déjà gagné 13 "Grand Prix" et remporté environ 40 médailles d’or dans des compétitions aux quatre coins du monde. Comme les précédents, il est rouge (rosso), mais la gamme est complétée en 1900 par un Extra dry à la robe pâle, puis carrément d’un Bianco à partir de 1910.

Les Français, décidément plus attachés à leur santé que leurs voisins transalpins, peuvent aussi depuis 1866, déguster — après en avoir fait l’acquisition en pharmacie, quelques gorgées de Byrrh. Créé à Thuir (au Sud-Ouest de Perpignan) en 1866 par les frères Pallade et Simon Violet pour profiter de la fièvre vinicole, et aromatisé lui aussi au quinquina, le Byrrh bénéficie de la réputation de « boisson tonique et hygiénique ».

Plus discret, le Lillet est né en 1887 à Podensac, en Gironde, à l’instigation de deux frères négociants, Paul et Raymond Lillet. D’abord nommé Kina Lillet (lui aussi est aromatisé au quinquina), il n’est lancé à Paris qu’au tout début du XXe siècle.

Toute autre est la liqueur qui voit le jour en 1880. Quoique la famille possède une distillerie depuis 1827, c’est en 1880 que Louis-Alexandre Marnier Lapostolle marie le cognac aux arômes alors rares et chers de l’orange. Intitulée « Grand Marnier » (à la place de « Curaçao Marnier ») sur les conseils du célèbre hôtelier César Ritz elle récolte à son tour les distinctions, et l’empereur François-Joseph en aurait même commandé douze caisses de Grand Marnier après l’avoir dégusté au grand hôtel de Monte Carlo. La liqueur est alors considérée comme un digestif de luxe, et au début du XXe siècle Auguste Escoffier, le « roi des cuisiniers » et « cuisinier des rois », fondateur de la cuisine moderne, l’adopte pour la crêpe Suzette et le soufflé.

L’Izarra (l’Etoile en Basque) créée en 1904 à Hendaye par le botaniste et négociant Joseph Grattau est une liqueur réalisée à base de plantes et d’épices, de brou de noix, de pruneaux et d’Armagnac. Verte ou jaune, elle titre quand même à 40° d’alcool, de quoi conquérir le monde : en 1907, le Roi Edouard VII d’Angleterre découvre la liqueur par l’intermédiaire du champion de pelote Chiquito, et en 1915 le premier revendeur s’installe en Argentine.

Bien sûr, les connaisseurs n’oublieront pas de temps en temps de déguster une petite absinthe ...

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