Jouer avec des enfants

Où l’on réfléchit à du jeu de rôle ... en plus petit, ou en plus concentré ?

« Jouer [à des jeux de rôle] avec des enfants » est une activité non seulement vraiment plaisante, mais qui donne également beaucoup à réfléchir aux parties tenues avec des adultes. Par « enfants », j’entends ici de très jeunes enfants (j’ai fait jouer sa première partie à mon fils à l’âge de 5 ans), comme des adolescents débutants (par expérience d’un « club » de jeu de rôle en lycée, donc avec des jeunes de 15 à 19 ans). Et dans les deux cas, les interrogations sont proches.

Le format horaire.

Forcément court dans les deux cas : moins de 50 minutes. Avec les premiers, pour des questions d’attention limitée, pour les seconds, essentiellement restreint par les horaires d’entre-deux-cours du midi. Évidemment avec des adolescents, les parties auraient pu être plus longues, probablement 5/6 heures sans grandes difficultés, à l’image de soirées avec des adultes. La courte durée, dans les deux cas, pourtant présente des intérêts : obligation de ramasser l’intrigue, de varier rapidement les situations de jeu (RP, enquête, combat ...). C’est, avouons-le, un exercice un peu compliqué au début, mais des aides-de-jeu existent et permettent d’éviter les tâtonnements (voir ci-dessous la rubrique « À quoi jouer ? »). Et si après leur première partie, mon fils et ses copains ont immédiatement demandé « On recommence tout de suite ? », il était assez clair qu’il ne fallait pas prolonger le scénario, mais changer d’histoire — ce qu’hélas je n’avais pas préparé. Autrement dit, avec des enfants il vaut mieux à mon avis empiler les one-shot, même s’ils sont plus ou moins liés, alors qu’il est possible de jouer en « campagne » avec des adolescents même par une succession de séances très brèves. La campagne que j’ai jouée avec eux, sur l’année, à raison d’une petite heure tous les quinze jours environ, aurait eu à une table d’adultes, la taille d’une grosse soirée...

Le nombre de joueurs

Dans les deux cas on ne peut imaginer un groupe trop nombreux. D’abord à cause de l’horaire réduit qui empêcherait l’expression de chacun. J’avais dans mon groupe trois enfants, un quatrième aurait probablement alourdit l’équipe. J’ai joué en général avec quatre adolescents, parfois cinq. C’était dans ce dernier cas, certainement un de trop, en particulier lors des scènes de combats ... sauf à adopter un système de jeu mieux adapté que le mien qui se veut très théâtrale. Ou a avoir des joueurs mieux rodés, mais je me place toujours dans l’hypothèse de joueurs débutants ou du moins peu expérimentés.

À quoi jouer ?

Avec les adolescents, j’avais adapté à ma sauce, vous l’auriez deviné, Château Falkenstein, tandis que mon collègue les faisait jouer à Warhammer. Sans doute ai-je été là trop ambitieux. Ce n’est pas tant d’arrière-plan historique que manquaient les élèves, que d’expérience du jeu de rôle, et de maturité probablement, qui permet simplement d’y palier. Le jeu de rôle historique, souvent moins manichéen que la moyenne, était probablement trop complexe. Mon collègue les faisaient jouer à Warhammer plutôt qu’à JRTM dont il est pourtant un MJ accompli. Sans doute avait-il raison, et plus encore je pense maintenant qu’un monde imaginaire est peut-être plus facile d’accès qu’un monde réel.

Avec les enfants, j’avais acheté le 1er volume des Contes ensorcelés d’Antoine Bauza, dont je ne peux dire que du bien.
Bien que prévu pour un peu plus grands — des enfants sachant écrire — j’ai fait jouer pour commencer une adaptation raccourcie du tome 1, et donc sans feuille de personnage. Pour la résolution des conflits, je me suis servi du système le plus simple possible : un D6. Je déterminais et annonçais avant le jet le niveau de difficulté (« tu dois faire moins de 4 pour réussir ... ») en fonction des points forts et points faibles des joueurs. Un 1 et un 6 entrainaient une réussite ou un échec critique entraînant à leur tour un second jet de dé pour en déterminer les effets (notons entre nous que je suis un adepte de la sentence de Gary Gygax selon laquelle un jet de dés sert surtout « à faire du bruit derrière le paravent »). Un dé par joueur, une baguette de resto chinois en guise de baguette de magicien (c’est une histoire de petits sorciers comme le laisse deviner le titre), les illustrations d’Arnü West, beaucoup d’imagination, et rien ne les arrêtera plus...
Je n’ai pas essayé le second tome, ce que je ne manquerai pas de faire un jour ou l’autre, Antoine Bauza proposant d’autres scénarios dans un monde proche sur son site.

Auteur Antoine Bauza
Illustrateur Arnü West
Editeur 7e cercle
Nb de pages 48 p.
ISBN 2-914892-43-8
Prix 12,00 €

Avec les enfants, j’avais acheté le 1er volume des Contes ensorcelés d’Antoine Bauza, dont je ne peux dire que du bien.

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De la gestion de la violence et d’autres questions non subsidiaires.

L’essentiel des JDR   reposent sur la mise en scène plus ou moins centrale de situations violentes. Château Falkenstein comme les Contes ensorcelés ne font pas vraiment exception. Le combat, souvent considéré comme l’acmé d’une soirée de JDR  , pose dans les deux cas des questions de conscience. Est-il bienvenu de légitimer des comportements violents, même dans un jeu, pour des enfants de 5 ans ? Un lycée publique est-il l’endroit pour de telles pratiques, tant bien même j’ai toujours obligé les PJ   à se placer du côté du bon et du bien ? Un article de Uri Kurlianchik traduit sur le site PTGPTB me semble à ce propos particulièrement éclairant. Puisqu’il dit mieux que je ne pourrais le faire, ce à quoi avait aboutit ma réflexion, j’y renvoie sans hésitation. On pourra d’ailleurs se reporter à d’autres articles de sa part, qui donnent eux aussi beaucoup à réfléchir.

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Le Blog-Notes.
GN avec enfants.
par Caracalla

Une étude ethnographique de Sébastien Kapp (EHESS) paru dans Strenæ en décembre 2011 : « Jeux de rôles pour enfants : une nouvelle forme de fiction ludique ». L’étude porte à vrai dire sur les interactions entre enfants et adultes au sein d’un GN.

§8 Il existe une pratique adulte qui ressemble beaucoup à celle des jeux de rôles enfantins, et qu’on appelle le jeu de rôle grandeur nature (ou GN). […] Le GN est différent de la reconstitution historique car il possède une dimension ludique et propose de vivre des récits originaux scénarisés, mais sans que le résultat soit connu à l’avance. Il diffère également du théâtre d’improvisation car il n’est pas conçu comme une représentation : aucun public n’y assiste et les participants y sont autant acteurs que spectateurs.

§32 Dans un GN, comme dans une certaine mesure dans un jeu de rôle enfantin, on est à la fois acteur, spectateur, auteur de la fiction, on joue et on fait jouer, on est libre d’inscrire l’histoire dans une trame initiale ou de laisser le récit se dérouler.

Honnêtement, l’article laisse un peu le lecteur sur sa faim, ne tirant que des conclusions très partielles. Il m’a pourtant intéressé pour ce passage dont il faudra tirer des enseignements pour le JdR   lui-même : « J’ai observé moi-même que la présence d’un public représente pour les joueurs adultes un risque de rupture du sentiment d’immersion, voire de changement de nature (vers une représentation théâtrale). »


Sébastien Kapp, « Jeux de rôles pour enfants : une nouvelle forme de fiction ludique », Strenæ [En ligne], 2 | 2011, mis en ligne le 11 décembre 2011, consulté le 01 février 2013.
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