Ether

Où l’on apprend que la meilleur façon de marcher, c’est encore de solidifier du vide.

Brève histoire de l’éther.

L’éther était déjà connu des Grecs qui en firent un dieu : selon Hésiode, il est le fils d’Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit), et le frère d’Héméra (le Jour).
Avec le bon sens qui le caractérise, et suivant le principe selon lequel la nature a horreur du vide, Aristote emploi le terme d’éther pour désigner le cinquième élément, à côté du feu, de l’air, de la terre et de l’eau. Mais contrairement aux quatre premiers, l’éther a pour propriété d’être la matière incarnant le vide.

Les rois du Cambodge de la période angkorienne, en particulier Javayarman V (968-1001), grâce à son chapelain et conseiller brahmane Yajnavaraha, utilisèrent l’éther pour conserver leur dépouille et atteindre l’immortalité. C’est la recherche de ces secrets qui faillit déclencher une guerre européenne entre la France et le Royaume-Uni au début des années 1880. Deux missions archéologiques concurrentes furent montées, mais la première arrivée sur les lieux fut massacrée par des forces occultes. Cette « controverse d’Angkor », relatée en son temps par quelques journaux, tel Le Figaro, fut bien vite étouffée par les deux nations.

À l’époque moderne, les physiciens, dont Christian Huygens, ont supposé que, comme le son dans l’air ou les ondes à la surface d’un milieu liquide, la lumière se propageait dans un fluide : l’éther. L’éther doit donc remplir l’univers, puisque la lumière des étoiles nous parvient. Young et Fresnel ont sérieusement réfuté les fariboles liées à la théorie corpusculaire de la lumière de Newton.

Grâce à la découverte des gaz rares par W. Ramsey , le chimiste russe Mendéleiev, auteur du fameux tableau de classification périodique des éléments poursuit ses recherches sur les propriétés chimiques de l’Éther. Elles sont encore incomplétes, mais ses travaux ont permis d’importantes avancées concrètes.

L’éther sous toutes ses formes.

L’éther sous forme liquide est connu depuis le XIIIe siècle. Il est préparé par l’une des plus anciennes réactions chimiques connues : le chauffage de l’éthanol en présence d’acide sulfurique concentré. L’éther est alors purifié en le mélangeant avec de l’eau de chaux (ce qui élimine les contaminant acides), puis avec du chlorure de calcium anhydre (afin d’éliminer l’alcool en excès et une grande partie de l’eau). On redistille enfin l’éther obtenu pour obtenir un produit qui convienne à la plupart des applications, comme en médecine (désinfection, anesthésiant). Sa forte volatilité le rend pourtant difficile d’utilisation.

Les chimistes européens ont réussi depuis une vingtaine d’année à le synthétiser sous forme solide, mais le procédé de préparation est protégé par des brevets industriels jalousement gardés.

« Le public a depuis trop longtemps laissé l’éther s’immiscer dans sa vie sans se poser de questions. La preuve, la police recense des cas de plus en plus fréquents d’intoxication, délibérée ou non. Alors que cette énergie — on le sait, les scientifiques le savent — présente des risques pour l’homme. […] Le cerveau de Georges est réceptif à l’éther. Lorsqu’il est en présence de cette énergie, son cerveau devient un creuset et l’éther se dépose à l’intérieur.[…] À ton avis, comment explique-t-on les étranges relations que certains pilotes entretiennent avec leurs aéronefs et toutes ces affaires d’engins possédés ? L’éther, Margo, toujours l’éther. Personne ne mesure encore la portée de cette énergie. »

Colin & Gaborit, Confessions d’un automate mangeur d’opium.

Théoriquement pourtant, si l’éther sous forme liquide subit une nouvelle redistillation en présence de pentoxyde de phosphore ou de sodium, le produit final appelé éther absolu ne contiendrait plus d’eau ni d’alcool. L’éther solide, le plus brut se présente sous forme de cristaux peu opaques de couleur verte opale. C’est la forme la plus stable et la moins dangereuse à utiliser. Mélangé à du carbone et des particules d’argent, il réagit rapidement avec l’oxygène de l’air et se transforme en un gaz verdâtre opaque fortement toxique.

La forme gazeuse est encore malconnue, mais semble particuliérement dangereuse. Une trop longue exposition à des vapeurs d’éther, ou une exposition trop fréquente, ou encore une inhalation de vapeurs trop concentrées, conduisent rapidement à la perte de connaissance du patient, et par la suite à des nausées pour le restant de ses jours. Beaucoup deviennent alors sujets à des crises d’hystérie qui demandent un internement psychiatrique définitif. Le professeur Théophraste de Barrias Archimbault s’occupe de recueillir et d’étudier ce genre de patient dans son panoptique de Sainte-Anne, à Paris.

Utilisation de l’éther.

L’éther s’utilise de plus en plus couramment dans la société civile, à la grande inquiétude de nombreux savants pour des raisons de santé publique, et de nombreux Maîtres des Forges pour des raisons économiques. S’il n’a pas encore remplacé le charbon pour toutes les applications lourdes (transports terrestre, production d’énergie de masse, …) en raison de son coût de production, l’éther est devenu indispensable à de nombreuses industries de pointes. On peut en particulier citer les aéroscaphes les plus modernes ou encore la fabrication d’automates dès la classe II. Son utilisation dans le but de créer des automates de classe IV est sévérement réglementée.

Ses utilisations militaires sont particulièrement inquiétantes. Sous forme solide brute il représente comme dans le civil, une source d’énergie aisément transportable, mais surtout sous forme gazeuse, ou sous forme solide instable, il est un puissant poison pour obus chimiques. Notons ici qu’il existe à l’échelle individuelle des ampoules de verres remplies de cristaux d’éther instable utilisées en particulier par les troupes de commandos.
Enfin toutes les armées mènent à grands frais et secrètement des recherches sur l’utilisation d’automates-soldats, à l’image du « Prometheus Project » britannique (voir la fiche à ce nom).

Le compteur Terguief.

« L’engin reposait à l’abri dans une armoire métallique. À ce jour il était le seul à pouvoir déceler la présence de l’éther dans un organisme. Une telle machine valait une fortune et ne pouvait pas, en théorie, se trouver ici, en France. Je l’avais obtenu auprès d’Ivan Balinsky, qui occupait depuis 1867 la première Chaire de psychiatrie à l’Académie médicale militaire de Saint-Pétersbourg. Homme de science, féru d’astronomie et de science occultes, Ivan avait financé la réalisation du compteur Terguief, du nom de son inventeur, un moine étrange vivant dans l’entourage du tsar. […] D’une taille équivalente à celle d’un phonographe, l’engin comptait une pièce maîtrese : un large pavillon de cuivre étoilé de petites pierres couleur d’émeraude. De petits fils de laiton reliaient chacune de ses pierres à un générateur électrique installé à l’arrière de la machine. […] Il suffisait alors de placer l’objet ou le patient dans l’axe du pavillon et d’attendre que le compteur Terguief traduise en chiffres la nature de l’éhter soumis à son examen. […] Près de trois heures s’écoulèrent avant que le compteur ne consente à s’arrêter. […] Puis, alors qu’une odeur d’ozone imprégnait les lieux, le compteur émit une sonnerie caractèristique qui signalait la fin de l’expérience. Je procédai aussitôt à la lecture des différents cadrans fixés sous le pavillon. À l’extrème gauche, une aiguille s’était stabilisée à hauteur du chiffre trente sur une échelle qui en comptait seulement cinq de plus. […] un éther d’une telle pureté […] relevait du miracle. […] Sur le second, le compteur mesurait la dangerosité de l’éther. […] J’essuyai la sueur qui piquait mon front et lus le troisième et dernier cadran censé préciser la consistance de l’éther. »

Colin & Gaborit, Confessions d’un automate mangeur d’opium.

Notons pour finir que les cristaux d’éther sont utilisés par certain comme l’opium, mais que le mélange des deux présente un risque tout particulier pour l’utilisateur.

L’essentiel des informations sur l’ether dans l’Europe steampunk est issu des Confessions d’un automate mangeur d’opium , de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit (1999).

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