La machine de Lord Kelvin

Où l’on apprend que parmis toutes les forces physiques de notre époque, l’électromagnétisme est la plus méconnue mais la plus prometteuse.

« “Nous construisons un appareil.” “Un appareil ?” “Pour inverser la polarité de la Terre et annuler par là même toute affinité naturelle qu’elle pourrait avoir avec la comète, et réciproquement.” “Impossible”, dit St Ives, la semence du doute et de la peur commençait à germer en lui. “Certes pas”, Parsons agita gaiement sa fourchette avant de s’en gratter le bout du nez. “Lord Kelvin en personne s’est attelé à la tâche, bien que la base théorique de son labeur soit entièrement due à James Clerk Maxwell. Les seize équation de calcul tensoriel de Maxwell vont bien au-delà d’une démonstration que la gravité est essentiellement une forme d’électromagnétisme. Mais ses conclusions prises dans leur ensemble, avaient des implications si terribles et d’une telle portée qu’elles n’ont jamais été publiées. Lord Kelvin, naturellement, y a accès. Et je pense que nous n’avons guère à craindre qu’en des mains si bienveillantes les découvertes de Maxwell conduisent à autre chose qu’à des avancées scientifiques.” “Cet … appareil”, dit St. Ives. “C’est quelque chose qui a été bricolé ces dernières semaines, je suppose ?” Parsons était stupéfait. “Il ne s’agit pas du tout de quelque chose de bricolé. Mais puisque vous posez la question, non. Je pense pouvoir vous dire sans risque, que c’est l’aboutissement de l’œuvre de Lord Kelvin. Toutes ses autres incursions dans le domaine de l’électricité ne sont que fredaines et bagatelles. C’est cet engin, monsieur, qui a monopolisé tout son génie.” »

J.P. Blaylock, Le Temps fugitif.

La « machine de Lord Kelvin », puisqu’elle n’a pas été baptisée d’un nom plus précis, est en deux mots un puissant électro-aimant. Elle fut pour la première fois mise en service en 1884 sous le patronage de l’Académie Royale des Sciences, lors du passage d’une comète au noyau ferreux à proximité de notre planète. Elle devait permettre d’inverser la polarité magnétique de la Terre et éviter ainsi que la comète ne vienne percuter le globe. Cette brillante idée ne fut pourtant pas mise en pratique. Le professeur Langdon St. Ives craignait en effet que cette démarche n’entraîne des mutations génétiques chez la population, suivant la théorie selon laquelle l’extinction des dinosaures serait le résultat d’une telle inversion de la polarité terrestre. Aussi la machine fut-elle une première fois sabotée.

Au delà de cette simple utilisation mécanique, la machine avait été prévue pour permettre les voyages dans le temps. Il n’en fut fait ainsi usage semble t-il, que par Langdon St. Ives, mais les modifications sur le déroulement du temps qu’elle peut entraîner, ne nous assurent pas que dans une réalité future ou passée, il en a toujours été ainsi. En effet, la pratique a montré que des réalités alternatives ne peuvent coexister. Lorsque deux d’entre elles se rencontrent, l’une des deux s’efface et les souvenirs du chrononaute sont alors recomposés en fonction de la réalité qui a pris le dessus. Il n’a, bien entendu, été construit qu’un seul exemplaire de cette machine. Il n’est donc pas aisé de le localiser, gardé soit par l’Académie Royale des sciences à Londres, soit par Langdon St. Ives dans sa propriété d’Harrogate, soit même, peut-être par l’infâme Dr Ignacio Narbondo Dieu sait alors où.

La machine de Kelvin« Il s’installa dans le siège de cuir qui autrefois avait appartenu au bathyscaphe de Léopold Higgins. L’ensemble constituait une machine à remonter le temps rudimentaire et disgracieuse, dont la majeur partie de l’espace intérieur était occupé par le moteur magnétique de Lord Kelvin, dépouillé de toutes les absurdités dont on l’avait affublé pour le modifier lors de la venue de la comète. St. Ives avait à peine la place de manœuvrer, le siège s’avançait tellement qu’il avait le nez pratiquement collé contre un hublot. Un système compliqué de miroirs lui permettait de voir derrière lui à l’extérieur de la machine à travers les autres hublots. »

J.P. Blaylock, Le Temps fugitif.

N.B.1 : les voyages temporels devinrent aussi (ou deviendront aussi, car comment savoir quand la ligne du temps se dissout ?) une spécialité de l’Alterfrérie.
N.B.2 : Il semblerait que la tentative d’inversion de la polarité terrestre par l’Académie des Sciences eut de toutes façons été un échec, s’il faut en croire l’expérience d’une réalité orthogonale où la Chute eut effectivement lieu.

La machine de Lord Kelvin est une création de James P. Blaylock dans Le Temps fugitif.

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