1899, Fin de siècle.

Où l’on tire un bilan du siècle écoulé, en ne sachant plus dans quel siècle on se situe.

Le thème « fin de siècle » appelle à un bilan d’un siècle. Il s’agit en réalité de faire un bilan de l’humanité à une date précise. Celui du XXe siècle serait difficile à établir, notamment parce que l’on manque de recul vis-à-vis des événements. C’est pourquoi il est plus intéressant de faire le bilan du XIXe siècle, c’est-à-dire « fin de siècle en 1899 » ; et cela dans la perspective d’une vision de l’évolution de l’humanité.

Dans le domaine des sciences, le XIXe siècle est le siècle des transports et de la communication ; avec le planeur de Cayley en 1808, la locomotive à vapeur de Hedley en 1813, la première rotative en 1814, la photographie avec Daguerre en 1838, le phonographe d’Edison en 1877 ... la voiture à essence de Benz en 1886 ... Donc l’homme est de plus en plus mouvant dans le temps et l’espace.

Dans le domaine des arts, les oeuvres littéraires, la sculpture, la peinture, la gravure ... le cinéma se développent dans une société avide de bon ou de mauvais goût, de nouveauté et de réalisme. C’est le temps des Balzac, Hugo, Puccini, des frères Lumière, de Châteaubriant ... Beethoven, Ingres ... C’est le temps où l’homme ose.

Le domaine politique est plus vaste encore. Il faut dégager un fait : la volonté d’affirmation des « Etats » par rapport aux autres « Etats », allant parfois jusqu’à l’impérialisme, comme Napoléon. Mais les « Etats » se sont petit à petit affirmés dans leurs structures politiques, administratives et « idéologiques ». Cette affirmation déboucha parfois sur des conflits internes (la Guerre de Sécession aux Etats-Unis) ou externes (la guerre de 1870).

Le XIXe siècle voit aussi une évolution de la société : une recherche de meilleures conditions de vie comme le montre l’ensemble des mouvements sociaux, la « création » des syndicats ... Cette recherche du meilleur équilibre entre la vie et l’économie se traduit par des gens comme Marx. Donc la société devient de plus en plus mouvante, du fait qu’elle approche le système éducatif et donc la communication.

Ce sont des inventions aux systèmes encore balbutiants qui ouvrent le XXe siècle. C’est aussi un balbutiement des « Etats » et de leurs empires, mais ceci est aussi, et avant tout un signe d’instabilité à l’aube du XXe siècle.

La finalité de tout ceci est en fait de savoir comment l’homme, en 1899, perçoit le changement de siècle. On ne peut hélas faire un seul constat pour l’homme à l’aube de ce nouveau siècle. En effet, la compréhension que l’homme a de lui-même est différente d’un point du globe à un autre. L’Européen aura, suivant son degré de richesse et de culture, plus ou moins conscience du changement de siècle. On peut émettre la même hypothèse pour un citoyen des Etats-Unis, ou pour un européen habitant « un pays ou un territoire nouveau ». Mais dans le cadre d’une communauté isolée - qui vit au rythme de la Lune ou du Soleil, en fonction des saisons - la notion de temps dans la longue durée et donc de changement de siècle relève de l’abstrait ... abstraction pour les tribus africaines, pour les Indiens d’Amazonie ... pour tout peuple qui n’a pas été touché par « la main de l’homme civilisé ».
Mais le changement de siècle est aussi une abstraction pour toutes les ethnies et toutes les cultures qui n’ont pas été influencées par des valeurs judéo-chrétiennes, notamment pour la notion de temps et donc par l’utilisation de notre calendrier actuel. C’est le cas des musulmans, d’ethnies d’Asie ...

En conclusion générale, « Fin de siècle » appelle à un bilan du siècle qui vient de s’écouler. C’est-à-dire qu’il s’agit de regarder les actions de l’homme. Alors se pose le problème suivant : que doit-on faire des actions des communantés humaines qui ne comprennent pas le changement de siècle, car cette notion ne représente rien pour elles ? Donc, une fin de siècle n’est-elle pas une valeur abstraite qui ne qualifie ou ne détermine en rien l’évolution ou la marche de l’humanité, tant qu’elle ne peut tenir compte de l’ensemble de la communauté humaine (et surtout tant que la communauté dans son ensemble n’a pas conscience de son appartenance à l’humanité) ? Le rôle du XXe siècle sera peut-être d’intégrer l’ensemble des communautés humaines à la notion d’humanité, et les intégrer à la notion de temps, grâce aux moyens techniques, politiques, idéologiques qu’offrent le XIXe siècle.

D. Picherit.

Cet article est initialement paru dans le numéro 9 de la revue Odyssée, (Nantes, janvier 1999). Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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