Les danses de société.

Où l’on apprend que la cérémonie du bal, par sa complexité, vaut bien la cérémonie du thé d’outre-océan.

La cérémonie du bal.

Les bals sont des soirées bien codifiées. La succession des danses est définie à l’avance, inscrite dans un « carnet de bal » remis à chaque participant à son arrivée. En face de chacune, les cavaliers indiquent le nom de la cavalière qu’ils ont invité à danser. Evidemment, il est inconvenant qu’un homme invite trop souvent la même femme à danser, malséant qu’un « engagement » ne soit pas respecté, et inconcevable qu’une femme invite un homme à danser.

Avant chaque danse, le cavalier va chercher sa cavalière, sur la piste, la salue tandis qu’elle lui fait une révérence. Après la danse, il l’a reconduit à son bras jusqu’à sa place.

Le bal se termine par un aimable « cotillon ». Un danseur est désigné comme « conducteur du cotillon », il a alors pour charge d’organiser une succession de jeux de bon goût centrés sur la danse. Le cotillon offre un peu plus de liberté aux dames : certains leurs permettent même de choisir leur cavalier. C’est toujours un moment de détente attendu.

Les principales danses de société.

Le Quadrille est la danse maîtresse des bals durant tout le XIXe siècle. Héritier de la contredanse française du XVIIIe, il est dansé en général par quatre couples disposés en carré, exécutant cinq figures relativement complexes : le pantalon, l’été, la poule, la pastourelle puis la finale.

La Valse : Apparue à Vienne dans les années 1780, elle garde longtemps la réputation d’être une danse indécente, lascive, introduite en France par les « impures du Directoire ». La valse viennoise, assez rapide, connait pour principaux maître à la fin du XIXe siècle, la famille Strauss, Johan père puis Johan fils. Parmi les compositions les plus célèbres de ce dernier, notons Le Beau Danube Bleu (1867) ou La marche de l’empereur (1889).

La Polka, d’origine tchèque, apparaît dans la capitale française au début des années 1840. Danse de couple effectuant un mouvement circulaire, la composante principale en est le pas de polka : tressautant au milieu du XIXe, il devient plus glissant en cette fin de siècle. Les deux célèbres maîtres de danse, Laborde et Cellarius, se disputent alors sur le style à lui donner. Le principal compositeur de polka est encore une fois Johan Strauss junior, mais Jacques Offenbach en a également intégré dans ses opéras bouffes.

« Le bal est ouvert par une marche (par exemple une Polonaise), conduite par le couple d’honneur. Se succèdent alors des danses libres (valses, polkas ...) et des danses chorégraphiées (quadrilles, contredanses). Le bal se termine par un cotillon, c’est-à-dire quelques jeux de bon gout fondés sur la danse, au cours desquels les femmes sont plus libres d’inviter un partenaire.

Le bal fut ouvert. On avait utilisé l’estrade des tableaux vivants, en y plaçant un petit orchestre, où les cuivres dominaient ; et les bugles, les cornets à pistons jetaient leurs notes claires dans la forêt idéale, aux arbres bleus. Ce fut d’abord un quadrille : Ah ! il a des bottes, il a des bottes, Bastien ! qui faisait alors les délices des bastringues. Ces dames dansèrent. Les polkas, les valses, les mazurkas alternèrent avec les quadrilles. Le large balancement des couples allait et venait, emplissait la longue galerie, sautant sous le fouet des cuivres, se balançant au bercement des violons. Les costumes, ce flot de femmes de tous les pays et de toutes les époques, roulait, avec un fourmillement, une bigarrure d’étoffes vives. Le rythme, après avoir mêlé et emporté les couleurs, dans un tohu-bohu cadencé, ramenait brusquement, à certains coups d’archet, la même tunique de satin rose, le même corsage de velours bleu, à côté du même habit noir. Puis un autre coup d’archet, une sonnerie de cornets à pistons poussaient les couples, les faisaient voyager à la file autour du salon, avec des mouvements balancés de nacelle s’en allant à la dérive, sous un souffle de vent qui a brisé l’amarre. Et toujours, sans fin, pendant des heures. Parfois, entre deux danses, une dame s’approchait d’une fenêtre, étouffant, respirant un peu d’air glacé ; un couple se reposait sur une causeuse du petit salon bouton d’or, ou descendait dans la serre, faisant doucement le tour des allées. Sous les berceaux de lianes, au fond de l’ombre tiède, où arrivaient les forte des cornets à pistons, dans les quadrilles d’Ohé ! les p’tits agneaux et de J’ai un pied qui r’mue, des jupes, dont on ne voyait que le bord, avaient des rires languissants. [...]

Le bal languissait, l’orchestre avait des essoufflements, lorsqu’un murmure courut : « Le cotillon ! le cotillon ! » qui ranima les danseurs et les cuivres. Il vint des couples de tous les massifs de la serre ; le grand salon s’emplit, comme pour le premier quadrille ; et, dans la cohue réveillée, on discutait. C’était la dernière flamme du bal. Les hommes qui ne dansaient pas regardaient, du fond des embrasures, avec des bienveillances molles, le groupe bavard grandissant au milieu de la pièce ; tandis que les soupeurs du buffet, sans lâcher leur pain, allongeaient la tête, pour voir.

— M. de Mussy ne veut pas, disait une dame. Il jure qu’il ne le conduit plus... Voyons, une fois encore, monsieur de Mussy, rien qu’une petite fois. Faites cela pour nous.

Mais le jeune attaché d’ambassade restait gourmé dans son col cassé. C’était vraiment impossible, il avait juré. Il y eut un désappointement. Maxime refusa aussi, disant qu’il ne le pourrait, qu’il était brisé. M. Hupel de la Noue n’osa s’offrir ; il ne descendait que jusqu’à la poésie. Une dame ayant parlé de M. Simpson, on la fit taire :

M. Simpson était le plus étrange conducteur de cotillon qu’on pût voir ; il se livrait à des imaginations fantasques et malicieuses ; dans un salon où l’on avait eu l’imprudence de le choisir, on racontait qu’il avait forcé les dames à sauter pardessus des chaises, et qu’une de ses figures favorites était de faire marcher tout le monde à quatre pattes autour de la pièce.

— Est-ce que M. de Saffré est parti ? demanda une voix d’enfant.

Il partait, il faisait ses adieux à la belle madame Saccard, avec laquelle il était au mieux, depuis qu’elle ne voulait pas de lui. Ce sceptique aimable avait l’admiration des caprices des autres. On le ramena triomphalement du vestibule. Il se défendait, il disait avec un sourire qu’on le compromettait, qu’il était un homme sérieux. Puis, devant toutes les mains blanches qui se tendaient vers lui :

— Allons, dit-il, prenez vos places... Mais je vous préviens que je suis classique. Je n’ai pas deux liards d’imagination.

Les couples s’assirent autour du salon, sur tous les sièges qu’on put réunir ; des jeunes gens allèrent chercher jusqu’aux chaises de fonte de la serre. C’était un cotillon monstre. M. de Saffré, qui avait l’air recueilli d’un prêtre officiant, choisit pour dame la comtesse Vanska, dont le costume de Corail le préoccupait. Quand tout le monde fut en place, il jeta un long regard sur cette file circulaire de jupes flanquées chacune d’un habit noir. Et il fit signe à l’orchestre, dont les cuivres sonnèrent. »

E. Zola, La Curée.

......

Reportez-vous également à la fiche sur les danses populaires.

Pour en savoir plus sur les bals du XIXe siècle, ou pour participer vous-même à de telles soirées, consultez le site de l’association Carnet de Bals

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