Absinthe

Où l’on comprend que la petite fée verte, telles les antiques divinités païennes, est pour les uns source infinie d’inspiration, pour les autres, source définie de crispations.

Brève histoire de l’absinthe

Inventé à la fin du XVIIIe siècle par une rebouteuse suisse comme breuvage médicinal, l’absinthe devient très populaire seulement cinquante ans plus tard après que les soldats français envoyés conquérir l’Algèrie en 1830 ont pris l’habitude d’en boire pour asseptiser l’eau qu’ils utilisent sur place. Dès lors consommé en apéritif bourgeois, puis répandue comme alcool des pauvres, la « fée verte » inspire les poètes mais est accusée de provoquer de graves intoxications, « rendant fou et criminel, faisant de l’homme une bête, menaçant l’avenir de notre temps ». Dès 1875, les ligues antialcooliques (telle la Croix Bleue), les syndicats, les Eglises, les médecins, la presse, se mobilisent contre l’absinthe. Tous s’appuient sur les travaux du professeur Valentin Magnan, médecin en chef de l’asile Sainte-Anne à Paris.

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"L’Absinthe", Degas, 1876.

D’après lui, l’« absinthisme », mal typiquement français, est plus dangereux que le simple alcoolisme, car il conduit à des crises d’épilepsie et à des hallucinations, et risque, qui plus est, de devenir héréditaire.
Aussi la boisson est-elle finalement interdite en Suisse en 1910, en France en 1915.

Les plus grands artistes pourtant, en consomment : les poètes Rimbaud, Verlaine, Lautréamont, de Mussy, Oscar Wilde ; les peintres Degas, Manet, Van Gogh, Picasso ... Tous sont sans doute réputés pour leurs œuvres, mais aussi pour leur vie de bohème. Tous croient en tous cas à ses propriétés psycho-actives.

La consommation d’absinthe conjuguée à celle d’éther semble particulièrement nocive. L’échec de la trans-incarnation d’Owen Haterley semble être due à cette antinomie, renforcée il est vrai par l’absorption ancienne d’opium par le sujet.

Préparation de l’absinthe

Quand le couchant étend son voile d’hyacinthe
Sur Rastaquapolis.
C’est l’heure assurément de prendre son absinthe,
Qu’en penses-tu, mon fils ?

C’est en été surtout, quand la soif vous terrasse
– Tels cent Dreyfous bavards –
Qu’il convient de chercher une fraîche terrasse
Le long des boulevards.

Où l’on sait rencontrer l’absinthe la meilleure.
Celle du fils Pernod ;
Fi des autres ! De même un dièse est un leurre
Quand il est de Gounod.

D’eau tiède, il n’en faut pas : Jupiter la condamne.
Toi-même, qu’en dis-tu ?
Autant vaudrait, ma foi, boire du pissat d’âne
Ou du bouillon pointu.

Déridez-la toujours d’une première goutte ...
Là ... là ... tout doucement.
Vous la verrez alors palpiter, vibrer toute,
Sourire ingénument ;

Vous pouvez maintenant la humer, elle est faite ;
Et la chère liqueur
A l’instant même vous mettra la joie en tête
Et l’indulgence au cœur...

Raoul Ponchon, Five o’clock absinthe.

L’absinthe est produite par distillation de six plantes (grande et petite absinthe, anis vert, fenouil, mélisse et hysope) à quoi certains ajoutent angélique, coriandre, menthe ... On obtient un degré d’alcool compris entre 50 et 90°. Une bonne absinthe doit être légèrement amère et rafraichissante. En bouche et au nez, ses notes sont épicées et florales, ses différentes plantes doivent s’équilibrer.

Elle est toujours dégustée avec de l’eau fraiche, mais sans glaçon. La boire sec est choquant, signe indéniable d’alcoolisme brutal. L’eau tirée d’une carafe doit être versée goutte à goutte, afin de libérer les couleurs et les arômes du spiritueux. C’est un rituel délicat et qui prend du temps, mais tous s’y plient, repoussant l’impatience de la simple absorption. Savoir préparer une absinthe donne en société un succès d’estime et dans les bars, des "maîtres de l’absinthe" sont toujours prêt, pour une petite somme, à vous enseigner leur art, ou à vous préparer votre breuvage. La mode est au sucre. Un, deux, parfois trois par verre, selon le gout de chacun. On emploie depuis peu pour cet usage, des cuillères particulières, perforées, sur lesquelles se délitent les pierres de sucre détrempées d’eau. L’idée de faire flamber ce morceau est tout à fait saugrenue et semble venir d’outre-atlantique.

Le litre d’absinthe de bonne qualité, par exemple celle de Pernod Fils ou l’Oxygénée de Cusenier, vaut au détail environ 5 francs. Les tords-boyaux tombe sous les 60 centimes le litre. Le verre d’absinthe, dans un café, est facturé 25 centimes, mais seulement 5 centimes dans les tavernes et jusqu’à 60 au Moulin Rouge (soit moitié moins qu’un verre de whisky et un peu plus qu’une bière pression).

L’essentiel des informations de cette page, provient du très riche site du Musée Virtuel de l’Absinthe.

Pour les apéritifs plus sophistiqués, goûtez cette page là.

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