Aventures d’Arthur Gordon Pym (Les)
Auteur Edgar Allan Poe (trad. Charles Baudelaire)
Date 1838 (1858 pour la trad. française, 1951 pour la présente éd.)
Editeur Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade
Nb de pages 1165 p. (196 p. pour ce roman)
Type Roman fantastique
ISBN 978-2070104543

Bref résumé du roman.

Toute l’histoire est dans le sous-titre du roman : Aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket contenant les détails d’une révolte et d’un affreux massacre à bord du brick américain le Grampus, faisant route vers les mers du sud,
en juin 1827 ; plus, l’histoire de la reprise du navire par les survivants : leur naufrage et leurs horribles souffrances par suite de la famine ; leur délivrance par la goélette anglaise la
Jane Guy ; courte exploration de ce navire dans l’océan Antarctique ; prise de la goélette et massacre de l’équipage dans un groupe d’îles au quatre-vingt-quatrième parallèle de latitude sud conjointement, les incroyables aventures et découvertes dans l’extrême sud dont ce déplorable désastre a été l’origine.

Bio-bibliographie.

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Edgar Allan Poe en 1844

Edgar Allan Poe (Boston 1809 - Baltimore 1849) est un des principaux écrivain romantique américain. Il collabore à de nombreux magazines et revues littéraires, comme le Burton’s Gentleman’s Magazine à partir de 1839. Connu surtout pour ses contes — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l’effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d’un effet unique — il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique. Il a d’abord été reconnu et défendu par des auteurs français, Baudelaire et Mallarmé en tête.

- Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, roman, 1837.
- Le Corbeau, poème trad. par Ch. Baudelaire & St. Mallarmé, 1845.
- Eureka, essai, 1848.
- Les Cloches, poème trad. par St. Mallarmé, éd. posthume 1849.

- Histoires extraordinaires, 1856, recueil de contes trad. par Ch. Baudelaire, dont Double assassinat dans la rue Morgue (1841), La Lettre volée (1845).
- Histoires grotesques et sérieuses, 1865, recueil de contes trad. par Ch. Baudelaire, dont Le Mystère de Marie Roget (1842).

Incipit.

Lors de mon retour aux États-Unis, il y a quelques mois, après l’extraordinaire série d’aventures dans les mers du Sud et ailleurs, dont je donne le récit dans les pages suivantes, le hasard me fit faire la connaissance de plusieurs gentlemen de Richmond (Virginie), qui, prenant un profond intérêt à tout ce qui se rattache aux parages que j’avais visités, me pressaient incessamment et me faisaient un devoir de livrer ma relation au public. J’avais, toutefois, plusieurs raisons pour refuser d’agir ainsi : les unes, d’une nature tout à fait personnelle et ne concernant que moi, les autres, il est vrai, un peu différentes. Une considération qui particulièrement me faisait reculer était que, n’ayant pas tenu de journal durant la plus grande partie de mon absence, je craignais de ne pouvoir rédiger de pure mémoire un compte-rendu assez minutieux, assez lié pour avoir toute la physionomie de la vérité, — dont il serait cependant l’expression réelle, — ne portant avec lui que l’exagération naturelle, inévitable, à laquelle nous sommes tous portés quand nous relatons des événements dont l’influence a été puissante et active sur les facultés de l’imagination. Une autre raison, c’était que les incidents à raconter se trouvaient d’une nature si positivement merveilleuse, que mes assertions n’ayant nécessairement d’autre support qu’elles-mêmes (je ne parle pas du témoignage d’un seul individu, et celui-là à moitié Indien), je ne pouvais espérer de créance que dans ma famille et chez ceux de mes amis qui, dans le cours de la vie, avaient eu occasion de se louer de ma véracité ; — mais, selon toute probabilité, le grand public regarderait mes assertions comme un impudent et ingénieux mensonge. Je dois dire aussi que ma défiance de mes talents d’écrivain était une des causes principales qui m’empêchaient de céder aux suggestions de mes conseillers.

Parmi ces gentlemen de la Virginie que ma relation intéressait si vivement, particulièrement toute la partie ayant trait à l’océan Antarctique, se trouvait M. Poe, naguère éditeur du Southern Literary Messenger, revue mensuelle publiée à Richmond par M. Thomas W. White. Il m’engagea fortement, lui entre autres, à rédiger tout de suite un récit complet de tout ce que j’avais vu et enduré, et à me fier à la sagacité et au sens commun du public, affirmant, non sans raison, que, si grossièrement venu que fût mon livre au point de vue littéraire, son étrangeté même, si toutefois il y en avait, serait pour lui la meilleure chance d’être accepté comme vérité.

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1838
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Le Blog-Notes.
Tikeli-li !
par Caracalla

Voila un bien étrange roman. Ou plutôt ce qui semble être la juxtaposition de quatre nouvelles quasiment indépendantes. Commence un bref premier chapitre sur la sortie nocturne à bord de l’Ariel, puis suit un épisode bien plus long, de l’embarquement comme passager clandestin à bord du Grampus, à la révolte, la reprise du navire et la longue dérive après tempête qui s’ensuit. Le sauvetage par la Jane Guy et l’exploration des mers australes (le passage qui m’avait donné envie de lire le roman) forme une troisième partie. Pour finir, l’expédition fantastique vers le pôle sud, la découverte de l’île de Tsalal, et le massacre de l’équipage.

À quoi on peut rajouter un avant dernier chapitre inachevé et, encadrant l’ensemble, un préambule et un chapitre de "conjectures" pour terminer. Cette forme étrange est sans doute en partie due à l’histoire même du texte. Les chapitres I à IV (de l’Ariel à la révolte du Grampus) sont d’abord parus en feuilleton dans le Southern Literary Messenger. Aussi Poe s’est-il fendu du préambule pour vendre son roman comme le récit véridique et cette fois (presque) complet d’A. G. Pym dont il serait le simple dépositaire. Cela étant dit, manque toujours la fin du récit, et le texte lui même connait des incohérences par exemple chronologiques comme s’il n’avait pas été relu.

Voilà qui a évidemment donné du grain à moudre aux commentateurs. La psychanalyste Marie Bonaparte conclue par exemple à la lecture du roman que Poe serait un "sado-masochiste nécrophile refoulé et impuissant" (rien que çà). D’autres voient dans le monde noir de Tsalal une tonalité biblique et un soutien implicite à l’esclavage suivant en cela les opinions personnelles de Poe. Quand à ce qu’en pensait Baudelaire, les avis divergent.

Au total à mon goût une œuvre assez inégale, mais bon exemple du romantisme en littérature : il y a par exemple dans le naufrage du Grampus toute l’horreur du Radeau de la Méduse de Géricault. Hugo aurait dit du « grotesque ». Mais le mot n’a plus ce sens aujourd’hui.

PS : à oui, "Tekeli-li !", c’est le cri de terreur des habitants de Tsalal. Voir ici les extraits sur les îles Kerguelen, Tristan Da Cunha et les îles Aurora.

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