Merrick (John), l’Homme-Éléphant.
Nom : Joseph Carey (dit aussi John) Merrick
Dates : 1862 - 1890
Adresse : Hôpital de Whitechapel, Londres.
Catégorie : Homme, dieu, monstre.

Où l’on rencontre un de ces êtres que certains regardent comme une bête de foire, d’autres prient comme un dieu, que les derniers, enfin, reconnaissent comme un vrai observateur de la nature humaine.

Né à Leicester dans le centre de l’Angleterre, Joseph Merrick est l’aîné d’une famille de trois enfants. Avant deux ans, les premiers signes de déformation apparaissent : une excroissance qui déforme progressivement sa lèvre et l’affuble d’une apparente trompe, qu’une opération chirurgicale lui retire à vingt ans. Sa vie est dès lors marquée par son physique, et son surnom est tout trouvé : « l’Homme-éléphant ». Il prétendra plus tard que cette apparence est due à une parade de la ménagerie Wombwell dans les rues de Leicester, au cours de laquelle, sa mère, alors enceinte avait trébuché et manqué de se faire piétiner par un éléphant. C’est le début des rumeurs qui font de lui la réincarnation de Ganesh sur terre.

« Visite hier, en milieu d’après-midi. Deux gentlemen, recommandés par Carr Gomm. Le premier, robuste, de taille moyenne, la figure agréable, s’est présenté comme médecin et ami du docteur Treves. Le second, long plus que grand, le profil aigu, a refusé le siège que je lui proposais, demeurant en retrait, dans l’ombre. Comme il ne disait mot, son compagnon a fait les frais de la conversation. Son caractère enjoué et sa mine franche qui ne trahissaient aucune curiosité clinique — fait assez rare chez un homme de sa profession — m’ont invité à parler librement. Il m’a questionné sur mes habitudes, mes lectures et mes voyages, a souri de mes réponses et a ri franchement au récit de mes tribulations avec Carlotta, la naine napolitaine. Notre échange relevait du simple badinage, mais j’ai rencontré quelques difficultés à fixer mon attention, ne pouvant empêcher mon regard de se tourner vers la silhouette silencieuse. Lorsque le temps de visite a été écoulé, mon interlocuteur a pris congé en me serrant vivement la main et est sorti en boitant. L’autre homme s’est alors tourné vers moi et a pris la parole :
— Veuillez avant tout pardonner ma réserve. Considérez-la comme une marque sincère de compréhension. À ma façon, je partage votre état car, comme vous, je suis un cerveau dont le corps n’est que l’appendice.
Après quoi, l’homme s’est coiffé d’une curieuse casquette à double visière et a quitté la pièce. »

X. Mauméjean, Les mémoires de l’Homme-éléphant, 2000, p.31-32.

Après le décès de sa mère, il est rejeté de la maison familiale et doit commencer à gagner sa vie, réduit souvent à fréquenter l’hospice des pauvres de Leicester. Puis engagé par Tom Norman pour le Gaiety Palace of Varieties, il se produit comme phénomène de foire à travers toute l’Angleterre et passe à Londres. C’est là, en 1884, qu’il est une première fois repéré par le docteur Frederick Treves qui, après une observation détaillée dans son bureau du Collège royal de médecine, présente l’« Homme Éléphant » à la société de pathologie de Londres comme cas de difformité congénitale.

En 1885, les exhibitions de phénomènes humains étant considérées comme immorales par la société victorienne, elles sont interdites en Grande-Bretagne. John Merrick poursuit ses tournées en Europe continentale, avant de devoir rentrer au Royaume-Uni, dépouillé par un impresario peu scrupuleux. Il est alors pris en charge par le Dr Treves, et le directeur de l’hôpital de Whitechapel Francis C. Carr Gomm, qui fait paraître dans le Times une annonce pour recueillir des fonds afin de subvenir aux besoins de l’« Homme-Eléphant ». Il reçoit là les visites de la haute société londonienne (par exemple celle d’Alix de Danemark, princesse de Galles, belle-fille de la reine Victoria depuis son mariage avec Berthie, ou encore celle du prince George, duc de Cambridge), tout en entretenant des liens étroits avec les basses classes de la capitale, à travers un jeune garçon de salle, Jackal, ou l’assasin londonien Wassendack. Cela lui permet de s’impliquer dans les affaires policières de crimes inexpliqués, appliquant une méthode proche de celle de Sherlock Holmes. Les sorties lui sont pourtant quasiment interdites : son apparition dans les rue lors de son retour à Londres avait déclenché une émeute, aussi ne le déplace t-on plus qu’en fourgon soigneusement clos, et affublé d’une cagoule et d’une ample cape. Il rédige ses Mémoires la dernière année de sa vie, avant de s’éteindre dans son sommeil le 11 avril 1890. Son corps est alors autopsié par Wynne Edwin Baxter, qui s’était également chargé des victimes de Jack l’Éventreur.

« Vous bénéficiez des effets de l’évolution, qui est la loi générale des êtres. Votre idiosyncrasie témoigne à l’évidence d’une intention naturelle. La concurrence vitale oblige chaque espèce à subir des transformations qui se traduisent à terme par une régression ou un progrès. Qu’en est-il de votre cas particulier, je ne saurais le dire. Nous parlons de principes universels qui gouvernent l’ensemble de la vie. Ce qui m’autorise à dire que la finalité se manifeste aussi en vous, quoique d’une façon singulière. Votre constitution est le résultat d’une adaptation fonctionnelle. Vous appartenez à deux règnes. Comme bête, vous catalysez les flux énergétiques qui, circulant dans le sol, vous assurent ainsi puissance et vitalité. Certes votre corps en subit des dommages, mais votre longévité est accrue. Je ne serais pas surpris le moins du monde si vous viviez centenaire, à moins bien sûr que vous ne soyez paradoxalement consumé par cette force. D’autre part, vous êtes un homme. Je vois que vous souriez, monsieur, j’ose croire que nous nous comprenons. Comme tel, vous êtes capable de raison. Ces qualités, associées aux avantages nomadiques dont nous avons déjà parlé font de vous une figure d’exception, dont le concours me serait de la plus grande utilité. »

X. Mauméjean, Les mémoires de l’Homme-éléphant, 2000, p.167-168.

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1815-1890 : le siècle a bien peu fait évoluer les mentalités. Le sort de John Merrick fait fort penser à celui de Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote

John Merrick, personnage historique, est également le héros des Mémoires de l’Homme-éléphant de Xavier Mauméjean.

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1889
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Le Blog-Notes.
John Merrick malade de ses gènes ?
par Caracalla

On a découvert que la maladie de Protée dont aurait souffert John Merrick serait un problème génétique. Un peu complexe puisqu’on connait des vrais jumeaux dont l’un des deux seulement est atteint de la maladie, et que les patients portent des cellules saines et des cellules malades. Quoiqu’il en soit, même si l’on en imagine toutes les difficultés, cette découverte ouvre maintenant la possibilité d’un traitement. Et çà, c’est une bonne nouvelle.

Pour John Merrick, encore faudrait-il prouver qu’il en était bien atteint, et les premières recherches sur son ADN n’ont rien donné, 120 après sa mort.

Plus d’info sur le blog « Globule et télescope » de Slate.fr. Voir les liens vers The Independant et Science pour le cas Jonh Merrick.

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